Nos mensonges

Pourquoi leur mentir ? Pourquoi ne pas simplement tout leur raconter, tout leur expliquer ? Parce qu’il le faut ? Parce que la vérité les clouerait au sol alors que le mensonge les fera rêver, les fera accepter tout ce qu’ils voient ? Ils verront le monde meilleur qu’il n’est. Moins dur. Plus beau. Et puis ils finiront par apprendre la vérité, un jour, immanquablement.

Et ils sauront alors qu’ils se sont trompés. Pire, ils sauront que nous les avons trompés. Que nous n’avons pas juste cautionné, mais aussi soutenu, prit part à cette grande tromperie. Nous réaliserons soudain que jamais plus ils ne nous feront confiance comme avant. Que rien ne sera plus jamais comme avant. Que le monde, pour eux, n’aura plus ce petit verni brillant de l’insouciance qui recouvrait tout. Nous saurons alors qu’il nous faudra, à chaque instant, nous justifier pour nos actions passées. Nous leur aurons arraché une part d’eux même. Une part que l’on appelle « innocence », et qui n’a rien à voir avec la naïveté. Ou pas grand-chose en tout cas. Nous saurons que plus jamais nous ne pourrons nous permettre de telles choses, sans quoi nous les perdrions pour toujours. Sans quoi ils pourraient se lever contre nous, contester notre autorité, et la mettre à mal.

Quand ils sauront la vérité, nous mériterons leur haine. Nous la méritons déjà. La confiance est comme l’intégrité : on ne peut la perdre qu’une fois. Alors nous aurons honte, bien plus qu’aujourd’hui. Et nous aurons peur, de les avoir blessés irrémédiablement, et qu’ils ne fassent de même avec nous.

Mais il nous faut jouer la comédie, parce que ce serait trop compliqué sinon. Parce qu’admettre notre traitrise ne nous rendra pas plus crédibles. Parce que nous sommes déjà allés trop loin pour faire demi-tour. Parce que le faux à parfois du bon que le vrai n’a pas. Alors, une nuit encore, laissons-les croire au père noël.