Chapitre 12 : Training

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Comme prévu, Simara attendait dans le simulateur, une hache double à la main. Devant l’air interrogatif du jeune homme, le vétéran expliqua simplement que c’était l’arme favorite de Blizzard dans sa jeunesse. Un long manche permettant une prise à deux mains, deux tranchants larges et affûtés, une boule de métal faisant contrepoids à l’extrémité opposée… Oui, c’était une arme que Blizzard aurait certainement appréciée, même si depuis quelques années il préférait les épées longues.

« Fait attention Zéphyr, c’est moi qui ai programmé le simulateur, signala Simara juste avant d’appuyer sur le bouton de démarrage. »

Et l’enfer se déchaîna aussitôt. De partout, une horde de guerriers apparaissait sans cesse. Prenant le temps d’une inspiration, Zéphyr se concentra. Il avait trop de choses en tête ces derniers temps. C’était le moment parfait pour faire le tri. Sa lame décrivit un arc de cercle magnifique, tranchant deux bras et une tête, puis, dans le même geste, il lui fit suivre une courbe descendante, sectionnant une jambe, puis ils se baissa pour éviter une lame, jeta son épaule dans des cotes, assena un coup de la garde de son épée, en planta la lame dans un torse. Après ça, poussant comme un forcené, il embrocha un deuxième, puis un troisième adversaire, et, d’un puissant coup de pied, libéra son arme, envoyant la macabre brochette dans la masse infinie d’adversaires qui s’opposaient à lui.

Risquant un coup d’œil vers Simara, il vit immédiatement que l’homme, malgré son côté vieillissant, parvenait à tenir ses adversaires à distance, virevoltant au milieu d’eux, gardant toujours une distance suffisante pour rester hors de portée de leurs coups, frappant toujours juste, n’ayant jamais besoin de se protéger ni d’esquiver : quand les coups pleuvaient sur lui, il n’était déjà plus là. Zéphyr, en le regardant combattre, ne pouvait s’empêcher de reconnaître en cet homme celui qui fut son père. Ce style était indéniablement celui d’un Khamsin, et cette vigueur, cette efficacité, ne pouvait être que celle du meilleur d’entre eux. Et pourtant, non. Ce n’était qu’un homme, un simple humain, qui avait reçu l’enseignement du plus puissant des combattants, et qui, aujourd’hui, enseignait au fils de son instructeur.

Secouant la tête, Zéphyr reprit le combat, se baissant et plantant sa lame dans une cuisse d’un seul mouvement. En se relevant, il trancha en deux un adversaire dans le sens de la hauteur. En se retournant, il en découpa un autre dans le sens de la largeur. Il assena un violent coup de poing, puis un coup de genoux, un coup de coude, et, manquant de place pour autre chose, il en vint à donner de la tête un violent coup qui fracassa l’arcade d’un de ses opposants. Et il se fit maîtriser, jeter au sol. Là s’engagea une lutte pour la vie, âpre et difficile, durant laquelle Zéphyr brisa deux nez et arracha une oreille avec les dents, avant qu’une lame ne vienne le transpercer de part en part, mettant fin à la simulation.

Simara se tourna vers son élève. Il n’avait rien, et pas même une goutte de sueur n’avait osé couler de son front. Zéphyr, lui, semblait déjà exténué, les dernières secondes du combat l’ayant vidé de toute son énergie.

« Bien, tu as les bases, dit Simara, légèrement dédaigneux. Ton problème, c’est que tu vois tes adversaires séparément. Tu gères les problèmes les uns après les autres. Face à un petit nombre d’ennemis, ça peut marcher. Face à une foule comme celle que nous venons d’affronter, c’est la mort assurée. Ils sont nombreux, certes, mais pour toi, ils ne doivent faire qu’un : il n’y a qu’un ennemi, et il s’appelle Nombre. À toi de l’affronter et de le diminuer, sans jamais te limiter à combattre ses composants. »

Sans même chercher à voir si Zéphyr avait saisi, Simara relança le simulateur. Une nouvelle vague d’ennemis approchait, mais, cette fois-ci, ils avaient le temps de les voir venir. Le jeune soi-disant Wind observait. Il ne comprenait pas ce que son professeur de l’instant venait de dire. Pour diminuer un nombre, il fallait bien s’attaquer à ses parties. Il lança ses perceptions. Une centaine d’individus le chargeaient.

Zéphyr se mit en garde, se préparant au choc, mais Simara l’attrapa par le col et le rejeta en arrière, le forçant à s’asseoir dans la poussière. Et il s’élança contre les adversaires qui se présentaient.

Sa hache volait sans cesse d’un corps à l’autre, restant toujours assez près de celui qui la maniait pour le protéger, mais n’ayant jamais besoin de le faire. En moins de trois secondes, il y avait déjà huit hommes de moins. Sans jamais s’arrêter, Simara se déplaçait au milieu de la marée humaine, frappant de tous côtés, empêchant l’ennemi d’approcher. Alors, Zéphyr fini par entrevoir ce que Simara voulait lui dire. Chaque déplacement du combattant forçait la foule à s’adapter. Il faisait en sorte qu’ils se gênent mutuellement, transformant l’avantage du nombre en piège mortel. Il abattait sa hache non pas sur un adversaire, mais sur une partie d’un tout dont il devait réduire la consistance. Et il le faisait artistiquement. Zéphyr était comme subjugué, hypnotisé par ce qu’il voyait. Cet homme n’était pas un Khamsin, mais se battait comme eux. Non, mieux qu’eux. Blizzard avait dépassé les limites du corps et de l’esprit, et avait permis à son élève de faire de même. Cet élève, aujourd’hui, tentait d’ouvrir les yeux d’un novice.

Bien vite, il ne resta plus personne pour s’opposer à Simara, et la simulation prit fin. Les deux hommes s’observèrent. Zéphyr hocha la tête, et se releva enfin, prêt pour la prochaine vague.

« C’est tout pour aujourd’hui. On reprendra demain, à la même heure, dit Simara, plantant là le Wind prêt à en découdre. »

Zéphyr resta là. Avant, il dépassait la majorité des Khamsins. Et, s’il savait qu’il pouvait progresser et que certains le surpassaient, il n’imaginait pas que c’était à ce point. Simara venait de lui ouvrir tout un horizon de possibilités, lui offrant non seulement une leçon martiale, mais aussi d’humilité.

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