Chapitre 13 : Needing some space.

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Mistral enclencha l’armement, les boucliers, et chauffa la propulsion auxiliaire de son chasseur. Il jeta un œil au radar. Son escadron d’élite le suivait, en formation de combat pyramidale dont la pointe désignait les vaisseaux ennemis. Aucun des trente pilotes ne tremblait. Chacun avait son propre appareil, modifié par ses soins pour coller au mieux à son style de pilotage. L’adolescent ne prit pas la peine de compter les points rouges sur son radar, largement supérieurs en nombre aux points bleus. Oui, même un parieur fou n’aurait pas misé sur les défenseurs de Loona. Apparemment, la bataille faisait rage depuis un peu moins d’une heure, et, malgré une défense spatiale acharnée, quelques barges ennemies avaient pu débarquer, mais avaient été rapidement détruites. Ainsi, malgré le recul perpétuel qu’ils étaient forcés d’effectuer, la planète appartenait toujours aux Khamsins. Mistral activa les communications pour parler aux pilotes qui l’accompagnaient.

« Bon, on y est les gars. Apparemment, on arrive au bon moment, rien n’est joué ici. Je veux vous rappeler que vous êtes les meilleurs pilotes des Khamsins. Montrez-le aux cyborgs. »

Sa voix avait vibré d’une détermination inébranlable, et tous partageaient ce même sentiment : celui qu’ils étaient les meilleurs, et que tous devaient le savoir. Le second de l’escadron donna les recommandations d’usage : garder les communications activées, éviter de se disperser, grouper les tirs sur les croiseurs, laisser au maximum les destroyers ennemis à la défense planétaire… Et Mistral reprit la parole pour donner à tous la stratégie du jour.

« On fonce tout droit, on explose ce tas de salauds, on sauve la planète, on prend le Vent, on décolle et on rentre sur Souffle pour sauver le monde. Si vous avez des questions, fallait les poser avant de décoller. Rafale, en avant ! »

 Arrivant enfin à portée de tir de l’ennemi, ils firent feu, tous ensemble, sur le même croiseur. Le bouclier surchauffa, et une deuxième salve détruisit l’appareil. Étant enfin repérés par l’ennemi, une nuée de chasseurs fondit droit vers eux.

« Groupe B, avec moi, on s’occupe de ceux là. Groupe A, continuez tout droit, et faites votre boulot, lança Mistral dans son communicateur. »

Aussitôt, la moitié de la pyramide accéléra, se portant à l’assaut de la quarantaine de chasseurs qui approchaient. Après un rapide échange de tirs, la deuxième moitié de la pyramide était passée, et le groupe B, ayant déjà fait demi-tour, pourchassa les chasseurs des cyborgs.

Les salves s’enchaînaient, les explosions aussi. Les Khamsins se couvraient toujours les uns les autres, se sauvant sans cesse la vie, en profitant pour détruire des vaisseaux ennemis au passage. Mistral abattit un chasseur, esquiva un tir, concentra ses boucliers sur l’arrière pour amortir celui qui arrivait, utilisa l’accélération pour éperonner un autre appareil après avoir reconcentré les boucliers sur l’avant. En moins de trois minutes, la pyramide était reformée, et l’ennemi avait perdu une trentaine d’intercepteurs et quatre croiseurs. Les défenseurs de la planète avaient repris courage en voyant l’escadron de Mistral arriver, et, même si ça semblait impossible quelques minutes plus tôt, les combats s’étaient encore intensifiés.

Soudain, la pyramide se trouva nez à nez avec un destroyer d’un type nouveau. Ses canons tiraient sans discontinuer, son bouclier ne montrait aucun signe de faiblesse, et pour tout dire, sa coque semblait suffisamment résistante pour qu’il fasse l’économie d’un générateur de bouclier… En fait, ce qui était nouveau, c’était qu’il pouvait tirer et se protéger derrière son champ d’énergie. Un miracle qu’aucun chercheur n’avait réussi à accomplir jusque là, enfin officiellement… En effet, les boucliers, suffisamment alimentés, étaient impénétrables des deux cotés. Il fallait donc les couper pour pouvoir tirer, ce qui rendait le vaisseau vulnérable aux armes, et aux abordages. Celui là n’avait aucune faiblesse.

À l’approche de l’escadron, les entrailles du destroyer vomirent une nuée de chasseurs. Mistral ne prit même pas le temps de réfléchir.

« Débrouillez vous pour que ses boucliers surchargent. Ensuite, laissez moi m’occuper de lui, je vous laisserai les chasseurs. »

Après quoi, il coupa son système de communication. Il allait avoir besoin de toute l’énergie disponible. Il passa en revue les différentes options qui s’offraient à lui. Il n’avait plus de torpilles pénétrantes, seulement des à fragmentation… Pas vraiment adaptées à la situation. Ses canons à énergie fonctionnaient toujours, mais il devait trouver autre chose… Quoi que…

Il se sépara de la pyramide, le temps qu’ils accomplissent leur objectif. Il s’éloigna du destroyer, non sans avoir demandé aux défenses planétaires de faire un tir de barrage autour de lui. Il réfléchissait à cent à l’heure, évaluant ses chances de succès… Et de survie.

La pyramide effectua un tir groupé sur le bouclier, sans effet. L’un d’eux explosa, victime d’un artilleur plus précis que les autres. Soudain, une alarme sonna dans le cockpit de Mistral : il était ciblé par un des canons du destroyer. L’impact allait avoir lieu dans quelques secondes, et l’ordinateur de visée du bord était suffisamment performant pour avoir estimé ses chances d’esquive. Il n’en avait aucune. Parce qu’il était resté trop longtemps à réfléchir, il avait oublié de surveiller les combats, et il allait mourir. Une erreur de débutant. Le croiseur tira. Un autre chasseur se sépara de la pyramide et se plaça, boucliers à pleine puissance, sur la trajectoire du tir d’énergie. La protection du Khamsin était insuffisante : ses boucliers cédèrent et son vaisseau explosa, mais, en interceptant le tir, il venait de sauver Mistral, qui n’avait pas raté un seul instant de l’événement.

« Fluctuation du bouclier avant le tir : il s’affaiblit légèrement pour laisser passer l’énergie. Je vais me refaire cibler, profitez de l’instant pour le surchauffer. »

Et Mistral mit carrément son vaisseau à l’arrêt, s’offrant pour cible. Heureusement pour lui, les défenses planétaires interdisaient aux chasseurs ennemis de l’approcher. Il prit un câble du cockpit, et, d’un geste vif, il se le planta dans le bras. Le vaisseau allait avoir besoin d’énergie… De beaucoup d’énergie… Fermant les yeux, l’adolescent fit appel à ce qu’il avait connu dans le pandémonium. Ces choses que nul ne pouvait comprendre, mais qui lui avaient enseigné des éléments ignorés de l’univers et de son fonctionnement. Ces choses qui, désormais, l’habitaient. Ils revinrent à la surface. Cette fois-ci, ils ne le changeraient pas, c’était inutile. Ils allaient se contenter de donner à son vaisseau l’énergie nécessaire pour faire ce qui devait d’être fait. Enfin… C’est ce qu’espérait Mistral.

Alors, le destroyer tira. Le Khamsin enclencha les moteurs, à puissance maximale, droit dans la trajectoire du tir d’énergie. Lors de l’impact, le vaisseau trembla, hoqueta, mais le bouclier, sans cesse réapprovisionné par les créatures du Pandémonium, tint bon. Et il sortit enfin du rayon. Les chasseurs de la pyramide avaient réussi à surchauffer le bouclier grâce à un feu nourri. L’adolescent sentait que ça ne serait pas long avant que les techniciens de bords ne réparent la panne, aussi, il ne prit pas le temps de féliciter ses hommes, qui continuaient d’arroser la zone de la coque vers laquelle se dirigeait Mistral. Ils ne cessèrent que lorsqu’il arriva tout près, presque au contact du métal.

Il enclencha les boucliers frontaux, désactivant tous les autres. La demande en énergie allait être énorme. Avant de rencontrer la coque, il ne put réprimer un frisson. Peur ou excitation ?

Et il traversa, dans une gerbe d’étincelles. Secoué de soubresauts, Mistral tentait de se débrancher : il avait surestimé ses capacités et celles de ses alliés secrets. Il était en train de les vider, lui et eux, pour maintenir le bouclier. Soudain, il se calma : il en avait encore besoin. Après avoir défoncé des dizaines de cloisons et traversé des douzaines de coursives, il arriva au centre du destroyer. Alors, il enclencha le bouclier global, qui entourait tout son chasseur. L’apport d’énergie que cela nécessita failli le faire s’évanouir. Il chargea ses boucliers au maximum, puis tira avec ses canons à énergie. Le bouclier explosa alors, se répandant comme une onde dans toutes les directions, ravageant le destroyer de l’intérieur, le coupant en deux et le transformant en une magnifique boule de feu, avalée presque aussitôt par l’espace. Alors, Mistral, trempé de sueur, se débrancha.

Épuisé et haletant, il jeta un œil au radar. L’infériorité numérique des Khamsins était moins marquée qu’au début, mais interdisait toujours tout espoir de victoire. L’adolescent réenclencha les systèmes de communication.

« Escadron, vous restez là. Je vais sur Loona chercher le Vent, et je repasse vous prendre, vous et les autres vaisseaux Khamsins. »

Et il enclencha les moteurs, filant droit vers la surface de la planète, couvert par son escadron, désormais réduit à sept pilotes.

Il se posa dans le chantier spatial, directement dans la soute du Vent. Une jeune Khamsine l’attendait et le salua dans les règles malgré la situation.

« Bonjour amiral Mistral, Chinook, je sers en tant qu’officier en second sur le Vent.

-Vous êtes pas un peu jeune pour être second sur un vaisseau de ce genre ?

-Vous êtes pas un peu jeune pour être amiral dans une flotte de ce genre ?

-Après tout… Une femme est le meilleur des officiers : tout le monde la suit. Braguette ouverte, certes, mais…»

Elle lui plaisait. Chinook. Elle lui fit visiter le Vent. Il lui plaisait. Le Vent. Il firent le tour du vaisseau, rencontrèrent tout l’équipage. Mistral promu rapidement des officiers, désigna des artilleurs, des techniciens… Le gros des nominations avait déjà été fait, il se contentait de compléter ce qui devait l’être. Le vaisseau avait un bouclier du même type que le croiseur qu’il avait détruit plus tôt. La fluctuation d’énergie que Mistral avait repéré était atténuée, et même presque effacée, par un deuxième bouclier, normal celui là, qui s’activait et se désactivait en séquence pour laisser passer les tirs. Les deux boucliers fonctionnaient donc comme un sas, et le vaisseau ne se trouvait jamais sans protection. Les réserves d’énergie semblaient illimitées par rapport à celles des autres croiseurs, mais il était évident qu’un tel système de protection consommait énormément. Les soutes à munition regorgeaient d’ogives, d’obus, ou de tirs de gros calibres… Les propulseurs du vaisseau étaient deux fois plus puissants que la normale. Les capteurs portaient à une distance jamais égalée, ce qui permit au frère du Wind de savoir qu’une trentaine de flottes telles que celle qu’il combattait convergeaient vers Souffle, en passant d’abord par toutes les planètes Khamsins aux alentours. Le Vent était une forteresse spatiale imprenable. Mistral souriait. Avec ça, il pouvait non seulement sauver Souffle, mais aussi une grande partie des territoires que l’armée des Cyborgs menaçait…

En une vingtaine de minutes, le Vent et son incroyable armement avaient nettoyé l’espace autour de Loona. Le jeune amiral enclencha un communicateur pour contacter son frère. Tempête répondit.

« Tempête, ici Mistral. Loona est sauvée, le Vent est à nous.

-Parfait. Reviens ici, les troupes ennemies approchent, et nous n’avons plus que quelques semaines devant nous, fit l’enfant, impérieux.

-Non, répondit Mistral après un temps de pause. Nous allons affronter l’ennemi dans l’espace. Nous pouvons diminuer sa flotte d’au moins cinquante pour cent et revenir sur Souffle à temps.

-Non ! Tu dois revenir ici. »

Tempête avait hurlé. Visiblement, ce n’était pas ce qu’il avait prévu. Mistral sourit.

« Promis, mais plus tard. J’ai à faire, enfant. »

Et il coupa le communicateur. Autour de lui, tous approuvaient sa décision. Il entra dans l’ordinateur de bord les coordonnées et la trajectoire d’une flotte ennemie. Leur nouvelle cible.