Chapitre 2 : Meanwhile.

Chapitre précédent

La lame filait vers sa gorge, le jeune homme para le coup, esquiva l’autre en se baissant, frappa, passa à l’adversaire suivant, lui plaça un atemi magistral à la tempe, changea encore de cible, lui planta sa lame en travers du corps et… Se fit maîtriser avant de la retirer. D’un violent coup de tête, il parvint à se libérer, et envoya un coup de pied sauté à celui qui venait essayer de le reprendre. Profitant d’un instant de calme, il regarda rapidement aux alentours. C’était lui contre le monde. Il menait au score, mais l’arbitre le détestait. Quand il aperçu le canon à énergie qui pointait vers lui sa gueule souriante, la seule chose qu’il trouva à dire fut :

« Ça, c’est pas du jeu ! »

La décharge le faucha. Tout disparut, laissant place à une salle grise et vide. L’entraînement était fini. Couvert de sueur et haletant, Zéphyr quitta la zone d’entraînement. Il avait deux mots à dire à celui qui venait de programmer la simulation… Mais ce fut son cadet qu’il croisa, lui bloquant le chemin de ses bras écartés. L’air sérieux de l’enfant incita le jeune homme à ne pas faire de bourde. Sans sembler le moins ému du monde, Tempête, douze ans, dit à son aîné :

« Que tes larmes se mêlent aux miennes, mon frère, quand nous pleurerons notre père… Tu es le nouveau Wind, Zéphyr. »

Le jeune homme chancela un instant sous le coup de la nouvelle. Son père était mort. Il était le nouveau dirigeant des Khamsins. Était-il resté si longtemps dans le simulateur que la nouvelle avait eu le temps de parvenir à Souffle et que le peuple avait pu le déclarer apte à la régence ? Tempête comptait-il vraiment pleurer ? Son ton, et ses mots, montraient clairement que ça ne faisait pas partie de son programme.

« Tempête, commença Zéphyr, d’une voix incertaine.

-Il n’y a pas eu de vote, l’interrompit l’enfant, levant la main. La décision a été prise dans l’état d’urgence, et elle n’est, bien sûr, que provisoire. Après la cérémonie, le vote aura lieu, et tu pourras être officiellement élu. Si tu en es digne. »

Le nouveau Wind regarda son frère, suspicieux.

« Il n’y aura jamais de vote, n’est-ce pas, demanda le jeune homme.

-Non. Blizzard a été vaincu dans l’arène par un cyborg. Il s’est suicidé peu après. Ils vont nous remplacer. La mort de Blizzard implique le rappel général de tous les Khamsins éparpillés dans la galaxie pour le pleurer. »

Saisissant d’un coup tout ce qui n’avait pas été dit, Zéphyr dut s’appuyer au mur pour ne pas tomber.

« Ils vont les tester, leurs cyborgs, dit-il d’une voix éteinte. Sur nous, n’est-ce pas ? C’est pour ça que notre père à dû se tuer : pour rappeler tous les Khamsins ici, sur Souffle, pour qu’ils participent à la défense ?

-C’est une partie de la vérité. »

Agrippant violemment l’enfant par les épaules, Zéphyr planta son regard dans celui de son frère, et, intensément, lui demanda :

« Et l’autre partie de la vérité ? Quelle est-elle ? »

Tempête, se dégageant calmement, commença à partir. Avant de disparaître au bout du couloir, il lança :

« Il ne t’appartient pas de la connaître. Mon plan implique que tu doives savoir certaines choses, et en ignorer d’autres.

-Pour Souffle, arrête de parler comme un holo-livre ! »

Le Wind se passa une main dans ses cheveux bruns. Il en allait toujours de même avec Tempête : les rôles étaient toujours inversés, et ses interlocuteurs n’avaient jamais accès qu’à une infime partie de ses raisonnements. Zéphyr frissonna à l’idée que son frère ne voulait peut être pas que le bien des Khamsins. Mais la réalité à laquelle avait accès l’enfant dépassait de loin tout ce que pouvait imaginer le jeune homme, et il était contraint de s’incliner. Tempête avait toujours servi son peuple, dès qu’il avait su parler, et, depuis cette époque, aucune de ses déductions n’avait été fausse. Et cela, au lieu de rassurer les gens, ne faisait que les inquiéter…

Enfin, Zéphyr se laissa glisser le long du mur, et se prit la tête entre les mains. Tout se bousculait. D’abord, la simulation qui l’avait battu, son père qui avait été vaincu aux arènes, puis qui s’était suicidé, lui qui avait été désigné pour être le nouveau Wind et non élu, comme l’exigeait la tradition… Et enfin cette promesse d’une guerre prochaine évoquée par son frère… C’en était trop pour lui. Il retourna dans le simulateur. Le canon à énergie n’avait qu’à bien se tenir.

Chapitre suivant