Chapitre 3 : Still smiling

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Le Président de l’Assemblée frappa rageusement sur le bouton qui mettait fin à la communication. Apparemment, il y avait eu un accident, causant un retard dans la production des cyborgs. Son regard accrocha la silhouette de Simara, le garde du corps de tous les Présidents.

« Un problème, Président Eïko ?

-Une semaine de retard dans la production.

-C’est une semaine de paix en plus.

-Et vous l’aimez tant que ça, la paix ?

-Non. Mais j’aime me dire que c’est le but vers lequel je tends. »

Le Président eut un sourire. Oui, très clairement, Simara n’aurait jamais sa place dans un monde en paix. Cet homme était connu dans tout l’univers comme étant le meilleur combattant humain. Il était connu comme La Mort Souriante, et son sourire n’était jamais aussi grand que lorsqu’il mettait fin à des vies à tour de bras. Et il prétendait ironiquement viser la paix…

« Vous étiez ami avec ce Wind, n’est-ce pas Simara ?

-Il m’a tout appris.

-Mais sa mort n’affecte pas votre sourire…?

-C’était un guerrier, et il est mort en affrontant le plus grand adversaire qui soit.

-Le pavé ?

-Lui. Blizzard, Wind de Souffle. Et même quand il a dû s’affronter lui même pour se décider à sauter, il a gagné.

-Mais il a perdu contre un de nos cyborgs…

-Si il avait eu une arme, ou un peu plus de temps…

-Il a eu mille étages pour apprendre à voler, et ça ne lui a pas suffit !

-Le connaissant, il ne devait pas avoir besoin de plus de mille et un étages… Vous avez eu de la chance.

-Êtes-vous fidèle aux Khamsins, Simara ?

-C’est un peuple vertueux.

-Me trahiriez-vous pour eux ? »

Le Président sembla soudain inquiet, comme s’il ne s’était jamais posé la question. Sa main était posée sur le bouton qui servait à appeler la sécurité, dissimulé sous le bureau. Mais il savait que ses gardes ne serviraient à rien contre Simara. Le garde du corps était connu pour son efficacité, malgré le nombre impressionnant de Présidents tués sous sa garde. Il se justifiait ainsi : il sert l’Assemblée, pas un homme. Si celui qui mène l’Assemblée n’en est pas digne, il mérite la mort. Simara avait été plusieurs fois accusé d’avoir prit part à l’assassinat d’un de ceux qu’il devait protéger, mais le peuple, à chaque fois, l’avait acquitté. Et puis, avec la procédure de vote permanent, permettant à tous les systèmes, à tout moment, de modifier leur voix en faveur d’un autre Président potentiel, l’Assemblée n’était jamais à court de dirigeant. Cette fameuse procédure causait parfois quelques désagréments : une fois, un Président avait commencé un discours, et, plus il parlait, plus il voyait le nombre de ses soutiens diminuer sur le grand panneau d’affichage. Il avait fini par être interrompu par le nouveau Président. Le poste changeait sans cesse de main, au gré des assassinats et des alliances politiques, et Simara comprenait très bien le sentiment d’insécurité que ressentait le Président Eïko.

« Non, monsieur le Président, la trahison n’est pas à l’ordre du jour. Cela dit, je pense prendre quelques vacances très prochainement. »

La Mort Souriante n’avait jamais pris de vacances, jamais aucun jour de repos. Il ne quittait même jamais sa tenue de combat. L’entendre ouvertement parler de quitter son poste choqua le Président.

« Et… Vous comptez voyager un peu ?

-Un peu oui.

-Où iriez-vous…?

-Probablement du côté de Souffle. J’y ai quelques amis que je n’ai pas vu depuis longtemps. Et la guerre qui s’annonce m’amène à croire que ce pourrait être pour moi la dernière occasion de converser avec eux. »

Avant même d’avoir terminé de parler, Simara avait tourné le dos au bureau, et s’était dirigé vers la porte. Il quitta la pièce sans prêter attention aux hurlements du Président qui lui criait qu’il n’avait pas le droit, que c’était de la trahison, et qu’il aurait sa tête. Mais personne, depuis bien longtemps, n’avait pu trouver de volontaires pour essayer de prendre la tête de La Mort Souriante.

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