Chapitre 9 : It has nothing to do with love.

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Meltemi croisa l’aristocrate poète dans les couloirs du palais. Le marquis et elle ne firent que se croiser. Seulement ça et rien de plus. Comme à leur habitude. Leurs mains se frôlèrent. Comme à chaque fois. Leurs yeux restèrent résolument fixés droit devant eux. Comme s’ils ne vivaient pas dans le même univers. Même si cela n’avait jamais été dit, tous savaient qu’il lui avait dédié des poèmes, dont un était très populaire chez les jeunes Khamsins romantiques :

Le bonheur est une Lune,

Magnifique, brillante dans la nuit.

Inaccessible.

Elle était une Khamsine, la fille de Blizzard. Il était un étranger. Recueilli, toléré parce que l’ancien Wind l’estimait. Il n’avait pas vraiment sa place ici mais avait une place malgré tout. Il savait qu’il n’avait rien à faire avec elle. Elle savait qu’elle n’avait rien à faire avec lui. Ils se contentaient donc de se croiser sans se regarder, sans se voir. Ils n’en avaient pas besoin. Jusque là.

Elle avait décidé que cela devait changer. L’univers changeait, et cela ne présageait rien de bon pour les Khamsins. Alors les règles devaient changer. Elle avait le droit de vivre. Ils avaient le droit de vivre. Elle se retourna, et lui attrapa le bras, le forçant à se retourner vers elle. Leurs regards se croisèrent enfin, s’assumèrent. Elle s’approcha de lui. Ils devaient parler.

« Marquis de Vangue…

-Dame Meltemi ?

-Peut être pourrions-nous nous regarder ?

-Nous regarder, ou nous voir ?

-Peut-être… Les deux ? »

L’aristocrate poète caressa le visage de la jeune femme. Il avait combattu plusieurs fois pour ses mondes, quand il en avait encore, et une fine cicatrice barrait sa joue. Ses yeux avaient vu les beautés de multiples planètes, et l’horreur de bien des combats. Mais il était artiste avant tout. Poète. Presque un Khamsin. Presque. Toujours un étranger. Rien de plus qu’un humain.

« Dame Meltemi…

-Marquis, je vous aime. »

Il détourna les yeux. Il l’aimait aussi. Mais… Il y avait un mais. Plusieurs. Mais son père venait de mourir. Mais la guerre était à leurs portes. Mais ils allaient tous deux avoir un rôle à jouer, des choses à faire. Mais ce n’était pas le moment. Et surtout : il n’était pas un Khamsin. Il n’était pas digne d’elle. Les unions entre Khamsins et étrangers étaient rares, et pas juste rares : mal vues. Autant par les Khamsins que par les autres peuples.

« Dame Meltemi… »

Elle le regarda. Vraiment. Intensément.

« Dame Meltemi, je vous aime. Comme on aime le feu en hiver : j’aime vous savoir là. J’aime vous voir. J’aime vous sentir. Mais vous toucher… Impossible. »

Ce n’était pas ce qu’elle demandait. Mais elle comprenait. Mais elle l’aimait. Et il l’aimait. Et ils ne pouvaient s’aimer. Point final. Une larme coula sur sa joue. Il l’essuya tendrement. Elle lui rendit son geste, séchant la larme qui s’était échappée et courait le long de sa cicatrice vers son menton. Ils s’éloignèrent l’un de l’autre et partirent.

Zéphyr, rentrant de sa promenade dans les rues d’Aeria, les regarda se séparer. La guerre qui approchait ne compromettait pas que l’avenir des Khamsins, mais aussi leurs rêves, leurs espoirs. Il devait être prêt à combattre, à tout prix. Il alla se faire démolir dans la salle d’entraînement, plus motivé que jamais.

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