Chapitre 3 : When death tries to kill itself.

Unic Mac Craft, Présent, partie 6

Je me réveille. Je ne sens pas de traces de mes blessures. J’ouvre les yeux. La lumière est éblouissante. Les murs sont blancs. Un bruit de pas, puis d’armes qu’on lève se fait entendre. Je tourne la tête. Je suis attaché. Mes mains et mes pieds sont entravés sur le lit de l’infirmerie d’une caserne que je connais bien. Celle de l’Assemblée. Une porte s’ouvre. Un homme entre.

« Unic Mac Craft, héros de la planète Garnac, survivant de Ful, tueur de Nazrats, sauveur de Banacro, déserteur de la Meute, meurtrier de plusieurs centaines de personnes, numéro un des chasseurs de primes, fléau de Balara… La description est-elle complète ? »

C’est bien moi qu’il vient de décrire, oui, avec tous les noms que les services de propagande se sont amusés à me donner. Presque tous les noms.

« Oui, pour le moment, c’est complet… »

L’homme éclate de rire. Il pose un dossier sur une table que je ne vois pas de là où je suis.

« Parce que vous comptez faire d’autres exploits…?

-On peut toujours s’améliorer, non…?

-Dans votre cas, non. Vous êtes notre prisonnier, et vous savez que vous ne pourrez pas quitter cette planète sans notre accord. »

Je souris. Prisonnier…? Peut-être. Mais pas de ce lit. Je me lève, tout sourire. Ces entraves ne m’ont jamais retenu bien longtemps. Bon il a fallu que je me déboite les pouces, alors je les remets en place. Je regarde l’homme qui me pensait impuissant. Il a cette tête d’ahuri qui ne comprend rien.

« Bon, il ne me reste plus qu’à avoir votre accord… Vous savez qui je suis. Il n’y a que cinq gardes dans cette pièce. Même si vous êtes armés, vous savez que ça ne suffira pas à me retenir. Alors soyez gentils, je vais sortir, et vous allez vous écarter… »

L’homme reste calme. Il a peur, mais il essai de sembler sûr de lui. En jouant un peu plus avec ses nerfs, je suis sûr que je pourrais le faire hurler de terreur.

« Bien, Unic, nous pouvons faire ça à votre façon… Auquel cas, vous serez peut-être libre… Mais une petite fille n’aura jamais l’avenir que vous espériez pouvoir lui offrir… En fait, elle n’aura pas d’avenir… Ou peut-être qu’elle sera envoyée dans une maison close d’un taudis d’une quelconque planète de la galaxie… »

Je n’ai pas réfléchi. La tête de l’homme vient d’être écrasée contre le mur. Mon poing a enfoncé ses dents jusque dans ses oreilles. Il est mort. Je me tourne. Les gardes sont terrifiés. Au moins l’un d’entre eux vient de se faire dessus.

« Bon, on peut peut-être trouver un autre intermédiaire, non…? »

Un autre homme entre, ainsi qu’une douzaine de gardes supplémentaires. Eux sont des Prétoriens aguerris. L’homme qu’ils encadrent est celui qui m’a capturé sur Liffa. Ses épaulettes montrent qu’il est major maintenant.

« Bien, Unic, vous savez maintenant que vous n’avez pas vraiment le choix… Nous vous pardonnons ce petit… Coup de sang… Nous ne vous pardonnerons pas le suivant, et mettrons nos menaces à exécution.

-Si j’accepte une fois, je deviens votre esclave à vie. Je refuse.

-Si vous refusez, une petite fille de sept ans sera « visitée » par les pires racailles de la galaxie… Vous les connaissez, vous les avez chassés, traqués, exterminés… Depuis un moment, vous vivez avec… Vous savez que ce ne sont pas des tendres, et que certains d’entre eux ne manquent pas d’imagination pour ce qui est de jouer avec les enfants…

-Ils sont beaux les Prétoriens aujourd’hui…

-À situation exceptionnelle, moyen exceptionnel.

-Et quelle est la situation ?

-Nous allons vous l’exposer… Suivez nous. »

Je le suis. On traverse quelques couloirs, on arrive à un hangar, on monte dans un transporteur. Durant le trajet, je ne prends même pas le temps de regarder le paysage. Après des mois à être resté en garnison ici, je connais par cœur, et ça me dégoute. Cette planète aurait pu être un symbole important. C’en est un, en fait. Celui de la corruption. Enfin peu importe, on arrive au… À l’Assemblée ? Je jette un regard sur celui qui me surveille. Il me fait signe de descendre… D’accord…

On entre, on traverse encore des couloirs, mais ils n’ont rien à voir avec ceux de la caserne. Ici, on étale le luxe, quand dans les bas-fonds de la planète on égorge pour un bout de viande, un verre d’eau, ou un bout de tissu. Ou la simple promesse d’un bout de viande, d’un verre d’eau ou d’un bout de tissu. Une porte s’ouvre. J’entre.

Un homme est assis sur un fauteuil, un livre à la main. Il lit paisiblement, près d’un feu de cheminée. Il est jeune. À peine plus âgé que moi. Peut-être même plus jeune, en fait… Un autre homme se tient debout près de lui, la main sur l’épée, tout sourire. Je le connais. Simara, La Mort Souriante. Le garde du corps personnel de tous les Présidents de l’Assemblée, capable à lui seul d’arrêter une armée… Et, entre autres, de me tuer, même s’il commence à vieillir… Enfin c’est ce que tout le monde dit, mais ça reste à prouver… Qu’il vieillit. Pas qu’il peut me tuer. Dans un coin sombre de la pièce, une silhouette se tient debout, immobile et silencieuse, irradiant quelque chose de terrifiant et de fascinant. En fait, je ne crois pas qu’elle se tienne dans un coin sombre de la pièce. Je crois que c’est cet être qui attire, ou peut-être diffuse l’obscurité. Un non-humain, certainement.

Le lecteur note sa page, pose son livre sur une table basse, et se lève calmement… Majestueusement ? Un garde prend la parole.

« Président, on vous a amené le prisonnier. »

Président ? Ce type ? Ça doit vouloir dire que l’ancien est encore mort… Pas si efficace que ça, Simara…

« Vous me voulez quoi ? J’ai pas que ça à faire. »

 Le Président s’approche. Oui, il est vraiment très jeune. Trop pour cette tâche. Il est responsable de la bonne entente entre les seigneurs de milliers de mondes… Entre autres. Et il me regarde, il arrive à portée de main. Je pourrais lui briser la nuque. Mais Simara est venu se placer dans mon dos, et, si je ne l’ai pas entendu dégainer sa lame, c’est parce que le fourreau coulisse bien.

« Unic Mac Craft, enchanté. Vous êtes une légende vivante…

-Vous serez bientôt un homme mort.

-Vous avez parfaitement cerné le problème… Mais avant tout, je me dois de me présenter. Je suis le Duc Seno Venturi, seigneur de Demalia, petite planète insignifiante, et actuel Président de l’Assemblée. »

Un seigneur sans importance, à la tête de l’Assemblée ? Une marionnette.

« Résumez ça : vous n’êtes qu’un jouet. »

Il éclate de rire. J’en profite pour regarder derrière moi. En fait, Simara n’a pas sorti son épée, mais sa main est restée posée sur la garde. Je constate surtout que ce n’est pas moi qu’il surveille, mais l’être auréolé d’obscurité, la source de toutes les ombres de la pièce.

« Oui, je pourrais n’être qu’un pantin… C’est ce que les seigneurs espéraient… C’est pour ça qu’ils m’ont élu… Mais ce n’est absolument pas dans mon intention. »

Je soupire. Je sens que je vais m’ennuyer, mais bien comme il faut.

« Unic, j’ai fait passer ce matin par referendum une loi limitant la richesse des seigneurs, en les obligeant à les partager avec les basses classes. J’ai aussi fait lever un impôt de solidarité, taxant les seigneurs, qui sera utilisé pour rehausser le niveau de vie des planètes délabrées.

-Là, vous allez vous faire massacrer dès l’audience de demain…

-Exactement, c’est un peu ce qui me tracasse… »

Finalement, je ne m’ennuie pas. C’est un homme qui a des principes, pas juste un seigneur qui a du pouvoir et qui en veut plus… Étrange… Ça doit venir du fait que sa planète ne lui a jamais procuré de vraie puissance… Ça a pas l’air d’être un frustré pour autant… Pas mal…

« Mercenaire, je veux que vous preniez ma place, lors de la réception de ce soir. »

Je crois que je viens d’avoir un hoquet de surprise.

« Vous voulez que je me fasse assassiner à votre place ?

-Je veux que vous évitiez de vous faire assassiner à ma place. Les seigneurs vont probablement envoyer un tueur dès ce soir.

-Oui, je m’en doute bien… Mais pourquoi ils ne vous feraient pas destituer, tout simplement ?

-Vous devez connaitre la procédure de vote permanent : le Président le reste jusqu’à ce qu’il n’ait plus la majorité des votes des seigneurs… Chaque vote pouvant être changé instantanément, le Président peut en effet être destitué très vite… Cependant, j’ai été élu avec près de quatre-vingt pourcents des suffrages… Et mes référendums et mes actions ont été très appréciés du peuple. Les seigneurs ne peuvent pas me destituer sans se décrédibiliser, ni sans se mettre leurs peuples à dos…

-Donc ils vont vous assassiner ?

-Oui, et probablement faire porter le chapeau à une organisation terroriste, pour pouvoir déclarer la loi martiale, ou quelque chose d’à peu près aussi réjouissant… »

En plus, il pense ! Impressionnant…

« Dites, « Président », pourquoi vous n’utilisez pas Simara…? Il est largement apte à vous protéger…

-Eh bien… Si c’est Simara qui me sauve, ils retenteront leur chance quand il ne sera pas là. Si c’est moi, enfin, vous, qui mettez hors course l’assassin, alors je passerais pour trop fort pour être assassiné… Et comme vous ferez en sorte de capturer celui qu’ils enverront, ils auront trop peur qu’il parle pour recommencer… »

Je saisi l’idée… Pas trop mal ficelée, mais j’aime pas ça du tout… Et puis c’est pas mon boulot.

« Et s’ils utilisent des explosifs ?

-Pas envisageable : les seigneurs seront présents… Pas un ne voudrait prendre le risque de se retrouver étalé sur les murs en ma compagnie…

-Un « accident » de transporteur ?

-Je me fais toujours accompagner de quelques-uns des plus grands seigneurs… Là encore, ils n’ont pas très envie de se retrouver dans le décor…

-Le poison ?

-Ce que je mange est toujours mélangé à leur nourriture, gouté et revérifié… Aucun risque de ce côté.

-Donc le vrai danger, c’est ce soir ?

-Oui. »

J’aime vraiment pas ça. Et puis j’aime pas l’Assemblée. C’est pas mes affaires, qu’ils s’entretuent joyeusement, comme avant… Et Coquillage ?

« Ok, Président, comment on s’organise ? »

Il sort un petit appareil.

« Avec ça, vous aurez mon apparence. Je resterais dans mes appartements pour la durée de la soirée, vous aurez donc toute liberté de mouvement. Simara vous accompagnera, comme si vous étiez moi.

-Et après je suis libre ?

-Bien sûr que non. Un homme comme vous est plus qu’utile. Mais au moins l’enfant sera bien traitée. Je ne suis pas un monstre.

-Mais vous l’avez enlevée.

-Quand nécessité fait loi…

-Oui oui, la fin justifie les moyens… Quand est-ce que vous comptez supprimer l’Assemblée « pour un monde meilleur » ?

-Ce n’est pas au programme.

-Pas encore.

-Pas encore, en effet. »

Tania Novan, Présent, partie 2

Je me glisse dans la foule. La salle du trône est bondée. Une réception fastueuse… Au moins deux cents invités, suffisamment de gardes pour faire bonne impression… Mais pas assez pour m’arrêter. Je suis Tania Novan, et je vais tuer un aristo pour me payer des vacances à durée indéterminée. Un regard glisse sur ma robe. Le regard est trop long à mon gout, la robe, quant à elle, trop courte. Mais parfaite pour ce genre d’occasion. À trop regarder mes jambes, pas un n’a remarqué les armes que je dissimule.

Je m’approche du banquet, prenant note au passage de tous ceux qui me regardent d’une façon… Appuyée… Eux ne sortiront pas de la salle. Négligemment, je prends un fruit et le porte à mes lèvres. Plutôt infâme comme truc. Un vieux type s’approche, flairant bon l’aristo bourré…

« Alors ma… Petite dame… Vous vous êtes perdue…? Une sirène ne doit… Pas jouer au milieu des gros requins… »

J’aurais pu être flattée par le compliment… Si je l’avais écouté. D’un geste plein de courtoisie, je lui fracasse un verre contre les dents, renversant son contenu soporifique dans le sac à vin qu’était mon interlocuteur éphémère. Faisant mine de discuter avec lui, je l’amène, le tenant par le bras, au fauteuil le plus proche, où je le laisse s’affaler lourdement. Et dire qu’il me voyait déjà à la place du fauteuil… Pauvre type.

Il est temps que je passe à la suite, sinon je vais vraiment m’ennuyer, ici. Je tourne la tête, tentant de repérer ma cible. Je l’ai. Quinze mètres à droite, en train de discuter avec un petit groupe de personnes. Un homme ne le lâche pas, toujours la main sur son épée. D’après ce que je sais, on surnomme ce gars-là « La Mort Souriante ». Engageant…

La cible m’aperçoit. Je lui lâche mon sourire le plus charmeur. Il semble surpris. Je comprends… Il doit pas avoir l’habitude qu’une femme comme moi lui fasse le coup de la séduction… Quoi qu’il est pas trop mal, finalement… Dommage que je doive le tuer. Je le suis des yeux. Il quitte son groupe et grimpe les quelques marches qui le séparent de son trône. Il s’y pose majestueusement, pour bien me montrer qu’il est le chef. C’est le moment.

Je m’approche. À deux mètres des marches, c’est le no man’s land. Pas grave, j’ai qu’à jouer l’allumeuse… À pas félins, j’entame la première marche. Il fait un signe de la main et sourit béatement. Il a dû apaiser ses gardes… Ça va lui faire un choc quand il comprendra que c’est ma lame qui va le pénétrer et pas une partie de son anatomie qui va faire de même en moi… Il se lève, prêt à me recevoir à bras ouverts… Expiration. Inspiration. Maintenant.

Ma main glisse dans mon décolleté vertigineux et en sort une arme de poing. Je tire sur le Président. Sans même faire mine d’y penser, il écarte ma main, déviant la décharge d’énergie. Avant que je ne comprenne, il m’a désarmée, et son pied est venu cogner contre mes cotes, me projetant au bas de l’escalier, au milieu de la foule. Le souffle un instant coupé, je regarde autour de moi. Aucun garde ne bouge. Il n’est pas monté sur son trône pour m’impressionner, mais pour montrer à la cour qu’il maitrisait la situation, et qu’il pouvait facilement éviter de se faire assassiner. Son signe de la main, c’était pour indiquer à ses gardes qu’il avait la situation sous contrôle. S’il s’est levé, c’était pour être prêt. S’il avait ouvert les bras, mais pas trop, c’était pour être en garde. Je me suis faite avoir. J’en pleure de rage.

Il est maintenant à côté de moi. Il s’agenouille. Je suis humiliée. Mais il est mort. Mon poignard vole vers sa gorge… Qui s’efface à la dernière seconde. Raté. Je bondis sur un garde, lui prends son épée, et je me jette sur ma cible. Un coup qui devrait le diminuer de moitié. Il l’esquive sans broncher, et, sans même avoir dégainé, il évite l’enchainement que je lui porte. Je vise sa jambe, il l’enlève, je vais lui couper le bras, il pose sa main sur mon visage, soulignant bien qu’au combat, il m’est supérieur. J’ai le sentiment d’être une ratée. Mais je vais le tuer. Enfin, il sort sa lame. Et il me la tend ??? Je rugis, saisissant l’arme proposée, et redouble d’efforts. Là non plus, je n’arrive pas à l’effleurer.

Soudain, il décide qu’il en a assez. Un coup au visage, un autre dans le ventre, un troisième dans les côtes, un quatrième qui fauche mes jambes. Je suis à terre, incapable de bouger.

Duc Venturi, Président de l’Assemblée, cible facile.

Statut de la mission : Échec cuisant.

Seno Venturi, Présent, partie 1

La porte s’ouvre. La « prisonnière » se jette sur celui qui entre, lui flanque un coup de pied magistral dans l’entrejambe, abat le deuxième d’un coup de poing à la gorge et… Se fait maitriser par le troisième, Simara.

« Ça serait bien que tu arrêtes de martyriser mes hommes à chaque fois qu’ils ouvrent la porte… »

Il la jette sur le lit et sort pendant que Venturi vient s’asseoir à côté d’elle. Elle a un regard de fauve. Pense-t-elle qu’il va abuser d’elle ? Ce n’est pas son genre… Quoi qu’elle serait plutôt son genre… Bien qu’un peu trop mante religieuse à son gout.

« Tu n’es pas bien ici ? Ce n’est pas une prison. Tu es nourrie, logée dans une des meilleures chambres de ce palais…

-Et enfermée ! »

Il plante son regard dans le sien, très calme.

« Et enfermée, oui. Après une tentative d’assassinat, je pense que c’est une conséquence logique, non ? »

Elle lui crache au visage. Il s’essuie.

« Bien, je vois qu’on en est toujours là… Un diner à ma table vous ferait-il plaisir ? Suivi, si vous le souhaitez, d’une promenade à dos de Karn dans la matinée de demain. Ainsi, nous pourrions peut-être échanger autre chose que des coups… Ce qui, je n’en doute pas, serait plus enrichissant pour nous deux.

-Crève l’aristo !

-Promis, j’y penserai… Mais pas tout de suite, j’ai encore beaucoup à faire… Alors, cette invitation ? »

À nouveau, elle lui crache au visage. Toujours calme, le Duc efface l’insulte d’un revers de la main.

« Je crois avoir compris que vous déclinez l’offre… Sachez que si vous venez à changer d’avis, elle sera toujours valable. »

Il se lève, et, avant de quitter la salle, il fait appeler des gens pour relever les deux gardes, toujours à terre.

Tania Novan, Présent, partie 3

Il est sorti. Pour qui il se prend, lui ??? Il pensait vraiment que j’allais accepter ? Je préfère encore coucher avec lui ! Quoi que ça pourrait ne pas être une torture… Mais s’il essaye, je lui brise le haricot.

Des jours que je tourne en rond dans cette pièce. Je m’entraine, je mange, je dors, je m’entraine, je mange, je dors, je m’entraine… J’en ai marre. Mais je dois le surpasser. Un garde entre, me tenant en joue. Un autre apporte mon plateau repas. Ils ont peur. Faut avouer que j’ai un peu fait mal à tous leurs collègues… Je regarde par la fenêtre. Le jour se lève.

« Dites au Duc que je partagerai sa table ce soir. Si je trouve quelque chose à me mettre… »

Ils ont l’air surpris. Mais ils ne disent rien. C’est tout juste s’ils osent faire un signe de la tête. Ils sortent. Le plateau repas à l’air délicieux… Mais je n’y touche pas. La journée va être longue.

Le soir commence à arriver. La porte s’ouvre. Une vieille dame décrépie entre, faisant signe à deux gardes de la suivre. Ils portent une lourde caisse, qu’ils posent près du lit avant de sortir aussi vite que leur fonction le permet. Seule la vieille reste. Elle me regarde. Je l’ignore.

« Bien sûr, vous pourriez me prendre en otage pour sortir d’ici… Sachez par conséquent que je suis fragile du cœur, et que je risque fort de ne pas survivre à un tel traitement, devenant ainsi inutile à votre tentative de fuite. Je suis là pour vous aider à trouver une tenue… »

J’inspire. Allez, courage… Que va-t-elle me proposer de mettre…? Je m’approche de la caisse et j’en soulève le couvercle. Je n’y plonge le regard qu’un instant, et la tête me tourne déjà. Il y a là toutes les robes les plus riches d’une planète, non, d’un empire interplanétaire… Les robes, mais aussi les jupes, les autres tenues, les sous-vêtements, les chaussures… Une garde-robe complète pour une princesse. Pour qui il me prend ? Je suis pas une petite pouf d’aristo !

« Ceci n’est qu’une première sélection… Si on ne trouve rien, j’enverrais chercher d’autres caisses. Je n’avais pas votre taille, ni vos mensurations, alors j’ai dû choisir large. Bon, commençons. »

Et elle sort une robe, puis une autre, qu’elle pose sur le lit, puis une veste, qu’elle jette négligemment sur le sol de la pièce, puis une paire de chaussures qu’elle envoie par la fenêtre. Je souris en pensant au passant, quelques centaines d’étages plus bas, qui les recevra sur le tête. Puis elle roule en boule un pantalon avant de le balancer rageusement sur une chaise…

Deux heures d’essayage. Étrangement… J’ai trouvé ça génial, de me faire dorloter. Et gratos, en plus. La vieille semble épuisée, mais satisfaite. Apparemment, la tenue lui convient, et elle me sourit d’un air ravi. Je m’approche d’un miroir.

C’est pas moi. C’est ce que j’aurais pu être, dans une autre vie. Mais ce reflet, ce n’est pas moi. C’est trop… Trop… Trop féminin pour être moi. Et en même temps, elle est plutôt belle, cette jeune femme brune vêtue d’une simple robe verte et dorée, les cheveux nattés, les pieds calés dans des chaussures à talon… Le décolleté est présent, mais pas vulgaire, la robe va à ses yeux… À mes yeux, en fait. Donc c’est bien moi… Étrange. Et agréable. Je me tourne vers l’habilleuse. Elle pose une main sur mon épaule, presque émue.

« Maintenant, vous pouvez être reçue à la table du Duc sans me faire honte. »

J’ai un petit sourire. Attend qu’on en arrive au moment où je l’égorge avec un couteau à beurre…

On me conduit dans une salle, sans vraie escorte. En fait, ce sont deux domestiques qui m’indiquent le chemin. Ils s’arrêtent devant une porte, la poussent, et me font signe d’entrer. J’avance. Doucement, la porte se referme derrière moi. Le Duc est assis à une petite table ronde, il lit, devant son assiette encore vide. La salle est simple, un feu de cheminée la réchauffe et l’éclaire. Je m’attendais à une table de cour, peuplée de courtisans, où le Duc m’exposerait… Pas à un diner en tête à tête… Bah, c’est encore plus simple pour l’assassiner.

Enfin, il tourne sa page, attrape un morceau de papier, le coince pour noter où il en est arrivé, et pose son livre sur une table basse, près de son siège. Il se lève, et me contemple. Que va-t-il dire ?

Seno Venturi, Présent, partie 2

Wouaw ? Non, il faut trouver mieux…

« Vous êtes très en beauté ce soir… Où avez-vous donc caché le fauve qui est en vous…? »

Question stupide à la réponse dangereuse… Heureusement, elle se contente de sourire.

« Passons à table, si cela ne vous dérange pas. »

D’un geste du bras, il lui indique la place qu’elle est supposée prendre. Elle s’y dirige. Il la suit, et, galamment, s’occupe de sa chaise, avant d’aller prendre place à l’autre bout de la petite table ovale.

Bien que décemment compétent pour le combat, il est loin d’égaler cette jeune femme, cette Tania Novan… S’il devait la maitriser, il en serait incapable, ou alors par pure chance… Mais Simara, même s’il a reçu des ordres contraires, se tient derrière une porte cachée, et Unic attend dans la pièce à coté.

Unic Mac Craft, Présent, partie 7

Je l’avais déjà vue, cette femme, sur Liffa. Mais à ce moment-là, j’étais un peu trop occupé pour la regarder. Quand j’ai dû la combattre, par contre, j’ai pu prendre ce temps. J’ai pris le temps de la trouver belle. À tel point que c’en était devenu dangereux. J’ai donc dû mettre fin au combat, avant d’en arriver à me laisser charitablement tailler en pièces par une débutante…

Et là, parce que ce Président de pacotille pense qu’il est possible qu’on doive de nouveau échanger nos rôles, j’attends dans cette pièce… Enfin j’attends… Je les regarde, par le trou de la serrure, comme un gosse. Je vois ce Président lui retirer sa chaise, puis commencer à lui faire la conversation… Je n’entends pas bien d’où je suis. Mais je crois qu’ils parlent de… Nourriture ? Il parle gastronomie à une si belle femme qui a tenté de l’assassiner ? Il est stupide ou juste taré ? Là, ils commencent à parler bouquin… Enfin… Il. Parce que elle, elle n’a pas l’air de connaitre grand-chose dans ce domaine… Remarquez, moi non plus… Ça commence à devenir carrément inconfortable. Je devrais aller me chercher une chaise… Mais ça m’obligerait à arrêter de regarder… Je reste là.

Ils ont enfin fini de manger. Il l’emmène près de la cheminée, où je les entends s’assoir dans les fauteuils. Je ne les vois plus, alors je colle l’oreille à la porte. Il lui fait la lecture… J’en peux plus, moi.

Une demie heure plus tard, elle se lève, s’excuse, prétend qu’elle fatigue… Tu parles, elle doit s’ennuyer à mourir ! Il lui propose une promenade à dos de Karn, le lendemain, dans la seule plaine qui existe sur la planète de l’Assemblée. Elle ne refuse pas, et part se coucher. Moi, je me pose par terre. Comment faire pour les accompagner ?