Chapitre 4 : Battle for the sun.

Lio Shanrad, Passé, partie 1 :

J’étais qu’un gosse, abandonné par ses parents dans l’horreur du bidonville, que je l’aimais déjà, cette gosse. Cette Pliska. Pli. Elle aussi vivait là sans parents. Enfin passons… Je faisais tout pour l’impressionner… J’étais déjà le gamin le plus connu du bidonville, mais ça ne suffisait pas. J’étais celui qui s’occupait des petits larcins délicats, celui qui se battait pour un regard déplacé… Ou parce qu’elle avait regardé une autre personne…

Mais je crois que je ne l’ai jamais impressionnée, à cette époque-là. Un jour, on était tous les deux assis sur un tas d’ordures. Et elle a commencé à me parler d’un autre garçon. Très vite, ça m’a énervé. J’ai attrapé une poignée de détritus et je la lui ai jetée au visage. Elle a pleuré, tout de suite, se prenant la tête entre les mains. Je l’ai traité de pleureuse, me moquant d’elle. Ce n’est que quand j’ai vu le sang gouter entre ses doigts fins que j’ai compris. J’ai compris que j’avais fait “une bêtise plus grosse que moi”.

Elle avait perdu ses yeux. Ses deux yeux. Ces deux puits sans fonds dans lesquels je plongeais avec bonheur. Le charlatan jusqu’à qui je l’ai portée m’a annoncé que lui ne pouvait rien faire pour qu’elle voit à nouveau. Mais il lui avait prétendument sauvé la vie, prenant jusqu’à mes vêtements comme paiement. Il m’a expliqué qu’il existait une opération envisageable, mais qu’elle était réservée à “ceux qui avaient les moyens”, car elle nécessitait l’usage d’un robot-medic, très cher par définition.

J’ai juré qu’elle y aurait droit, à cette opération, et, le soir même, je suis allé cambrioler plusieurs maisons. Je nous ai construit un petit abri dans le bidonville, dans un coin calme, où la puanteur n’agressait pas trop les narines et où les rats nous laissaient en paix. J’ai même essayé de monter un robot-medic moi-même. J’ai réussi, des années plus tard, quand ça n’avait plus d’importance… Je crois que je suis un des plus grands spécialistes du domaine. C’est drôle. Je suis aussi un des plus grands preneurs de vies, un de ceux qui donnent aux robots-medics tant de travail. Je n’ai jamais réussi à regarder ses yeux à nouveau. Elle ne m’en veut même pas. Elle a accepté sa cécité. Je crois qu’elle ne comprend pas.

Je me suis vite aperçu que le vol ne rapportait pas assez et que l’assassinat était un marché bien plus porteur… Alors j’ai démarré, en tant qu’artisan indépendant, comme on dit… Quand j’ai eu assez d’argent, j’ai acheté un manoir, où j’ai installé Pliska. Elle n’a pas posé de question pour savoir d’où venait l’argent. Je pense qu’elle s’en doutait quand même. On achète pas un manoir à douze ans sans avoir fait quelques petites choses bizarres. Bien sûr, j’ai engagé quelques domestiques, pour s’occuper de la maison. Ils ont essayé de m’arnaquer, je leur ai vite fait comprendre que ce n’était pas très intelligent…

Un jour, j’ai eu assez d’argent. J’ai acheté le robot-medic. J’étais heureux de pouvoir lui annoncer qu’elle verrait à nouveau. J’avais seize ans, j’étais déjà parmi les meilleurs tueurs du quadrant de la galaxie. Elle avait quinze ans et n’avait pas vu de lumière depuis des années, mais elle rayonnait d’une étrange paix. Elle était belle.

Je me suis approché. Elle a tourné la tête vers moi. Comme d’habitude, j’ai détourné le regard. J’allais parler, quand elle m’a dit qu’elle ne voulait pas que je lui rende la vue. Pas avec cet argent-là. Pas avec celui que j’avais gagné sur le sang de tous ceux que j’avais tué. Je savais depuis le début qu’elle désapprouvait ce que je faisais. Mais je n’avais jamais imaginé que c’était au point de refuser de voir à nouveau.

J’ai pleuré.

Lio Shanrad, Présent, partie 1 :

Il entre dans l’alignement. Mon doigt presse la gâchette. Dans un souffle, le projectile s’élance, quitte le canon, fend l’air, traverse le crâne de la cible et va terminer sa course dans un mur. Mission facile. Les gardes du corps n’ont pas encore eu le temps de lever la tête que je suis déjà parti. Je ne suis pas payé pour eux, aucun intérêt d’user des munitions pour ces gars-là. Mon vaisseau m’attend, j’y monte. Il me ramène sur la planète où j’habite avec Pliska. Pli. Je sais qu’encore une fois, elle va me regarder avec ses yeux vides. Je sais qu’encore une fois, je vais détourner le regard. Je sais qu’encore une fois, elle ne dira rien. Et surtout, je sais qu’encore une fois, son silence sera pire que tout ce qu’elle aurait pu dire.

Mais sans ces contrats, on serait vite obligés de retourner dans le bidonville… La location de la planète coute cher. On a déménagé quand j’ai compris que jamais elle n’accepterait que je la fasse guérir avec mon argent. Alors j’ai loué une planète-paradis entière. Rien que pour nous deux. Je pense qu’elle s’y sent un peu seule. Elle m’assure toujours que non, qu’elle s’occupe.

Je pousse la porte, et je la retrouve dans le même siège que lorsque je suis parti, dans la même position qu’à cet instant-là. Je pense qu’elle m’en veut. Peut-être même qu’elle me hait. Mais je ne peux pas la laisser. Il n’y a que moi qui puisse m’occuper d’elle. Elle tourne sa tête vers moi. Je détourne le regard.

« Tu as passé une bonne journée, Pli ?

-Et celui que tu as tué ? »

Je suis foudroyé. C’est la première fois qu’elle parle aussi clairement de mes activités. Qu’est-ce que ça veut dire ?

« Il n’a pas souffert… »

Elle se lève et, hésitante, se dirige vers moi.

« Lio.

-Oui ?

-Arrête.

-Je ne peux pas. »

Elle me prend le visage entre ses mains et m’oblige à tourner la tête droit vers la sienne. Je ferme les yeux. Elle le sent.

« Regarde-moi Lio. Regarde-moi ! »

J’ouvre les paupières. Elle est toujours aussi belle. Plus encore. Mais ses yeux sont désespérément vides d’expression et d’un bleu vitreux. Je me revois, lançant les détritus, sans me douter qu’il y avait parmi eux des morceaux de verre, puis me moquant d’elle alors que son monde devenait ténèbres, et que le mien se préparait à faire de même.

« Lio, arrête.

-Non. »

Si j’arrête, on devra quitter la planète. Mon vaisseau n’est pas équipé comme un espace de vie. On aurait nulle part où aller. Et pas assez d’argent pour trouver un endroit digne de ce nom. Alors ça sera un bidonville quelconque. Jamais.

« Lio, ça ne rime à rien. Tu fais ça pour me permettre de vivre une vie confortable. Mais à chaque fois que tu pars, je me hais un peu plus, et quand tu reviens, je déteste encore plus cette vie. Chaque fois que tu remplis un contrat, je veux mourir, Lio. »

Elle ne m’en avait jamais parlé comme ça. Je pleure. Une larme coule de ma joue sur sa main. Elle tremble. Sa main, pas ma larme, ni ma joue.

« Pli, je peux pas.

-D’accord. »

Si facilement ? Non… J’en suis sûr, ça cache quelque chose…

Unic Mac Craft, Présent, partie 8 :

Journée pourrie hier. J’ai suivi les deux tourtereaux durant toute la ballade. Le Karn m’a massacré l’entrejambe, avec ses bonds imprévisibles… Venturi et Tania ont passé leur temps à discuter, et moi, avec un uniforme de garde, je faisais marcher ma monture à côté de celle de Simara. Du coup, en plus d’être long, c’était flippant. Mais j’ai bien dormi depuis.

Je me jette dans le fauteuil de pilotage du Souffle. Je pourrais partir… Non, je peux pas. J’ai pas les coordonnées de la planète où est retenue Coquillage. Et je risque de pas les avoir avant un moment… Je suis épuisé. Ma main se jette sur un bouton. Les dernières infos des chasseurs de primes s’affichent à l’écran.

Le Nostalgique est mort. Enfin. Un vrai bouffon ce gars-là… Mais du coup, ça veut dire que le top cinq a bougé… J’affiche le classement. Je suis toujours premier. Deuxième, Lio Shanrad. Troisième, Laï Sino. Quatrième Anol Korel. Cinquième, Tania Novan. Ah…? Elle était sixième…? Intéressant… Elle devait pas être si débutante que ça… Ou…? J’affiche le classement complet. Plein de noms n’y sont plus. Sale journée pour les chasseurs de prime.

Elle entre maintenant dans la cour des grands… Enfin… Si jamais elle sort de celle du Président… Et ça, c’est pas gagné… En bas de l’écran, un point clignote. J’ai des messages.

Propositions de boulots, annonces de paiement, menaces, informations sur la sortie de nouveau matériel… Je zape tout ça. Un message de Lio. Je lance la lecture. Le visage de mon cher collègue s’affiche. Il semble un peu… Paniqué…?

« Unic, j’ai des problèmes. De gros problèmes. L’Assemblée se lance dans la chasse aux mercenaires, et à grande échelle. Le Nostalgique s’est fait avoir hier. Et là… C’est… Pli… Elle… Elle a donné mes coordonnées. Mes radars indiquent que plein de monde arrive… Pour moi c’est réglé… Mais toi, Laï et Anol, vous pouvez vous planquer le temps que ça se tasse. »

Une explosion retentit, et trouble un instant la vidéo.

« Ils frappent à la porte… Je vais devoir aller les recevoir… Unic, s’il te plait… Veille sur Pli. Oublie pas la solidarité du top cinq. »

Une autre explosion. La vidéo se coupe. Dernière image : Lio, armes aux poings, se jetant sur ceux qui franchissent la porte. Oui, il a dû prendre cher… Mais le connaissant, eux aussi.

Je m’enfonce dans mon siège. Je suis le numéro un. Je suis sur la planète de l’Assemblée. J’ai passé la journée avec le Président. Tania aussi. L’ordre a dû être passé il y a quelques heures à peine, après la balade… Le message de Lio est arrivé il y a une vingtaine de minutes… Qu’est-ce qui a pu motiver Venturi à déclarer la chasse aux mercenaires…? Tania lui aurait-elle collé un râteau…? Ou alors, elle l’a assassiné… Après tout, c’était sa mission, à la base… Et ça expliquerait sa place dans le top cinq…

En tout cas, si je reste là, je suis mal. Ils savent où est posé mon vaisseau : dans un des hangars officiels de l’Assemblée… Mal joué sur ce coup-là… En tout cas, ça veut dire que le Président ne compte pas me rendre Coquillage… Je vais devoir me débrouiller pour la retrouver. Allez, je décolle.

Ma main est encore en chemin vers le bouton des propulseurs quand elle s’arrête soudainement. « Oublie pas la solidarité du top cinq ». Les derniers mots du message de Lio. Cette vieille tradition un peu bizarre me tape sur le système là…

En gros, tous les chasseurs de primes sont concurrents et s’entre-tuent joyeusement pour un contrat… Sauf une fois qu’ils ont atteint le top cinq. Là, ils s’entraident pour y rester. Et ça dure depuis… Je sais pas. Longtemps. Il est peut-être temps de mettre fin à la tradition…

Peut-être pas. Tania est nouvelle dans le top cinq, et elle est en danger. Je me lève. Lames, armes à énergie, armes à projectiles, réserve de fioles, motivation… Voilà, j’ai tout. C’est parti…

Je quitte le Souffle en courant. Les techniciens me regardent sans comprendre. L’ordre n’a pas encore été annoncé de manière officielle sur les holo-médias… C’est un bon point pour moi… Je monte les escaliers des marches de l’Assemblée quatre à quatre, sans ralentir. Une bonne centaine d’étages avant d’atteindre les appartements de Venturi, et là où logeait Tania. Pendant un moment, je ne croise personne. C’est pas normal, l’endroit grouille toujours de monde. Je m’arrête une seconde à un palier, ouvert sur l’amphithéâtre. Les seigneurs y écoutent le Président. La proportion de non-humains y est ridicule. En même temps, l’Assemblée a autorisé bien peu de races à perdurer… Les holo-enregistreurs tournent.

« …Et il est grand temps que ces criminels bien connus soient éliminés. Depuis trop longtemps, ils gangrènent notre société, permettant à la menace et à la corruption de prendre racine. Aujourd’hui, nous les couperons, et les mercenaires… »

Je suis déjà parti. Je veux même pas savoir ce qu’il compte nous faire… Dans quelques secondes, l’ordre de chasse sera officiel et connu dans tous les mondes équipés pour capter les ondes émises par l’Assemblée. Il me reste peu de temps pour trouver Tania et le lieu où Coquillage est retenue. Et dire que j’avais trouvé ce Président “intéressant”, et presque digne de confiance…

Un garde veut m’arrêter. Je le balance dans les escaliers. Un deuxième me tire dessus. On y est, la décision vient d’être officialisée… Je me baisse et tire aussi. L’homme s’effondre et avant qu’il n’ait touché le sol, j’ai déjà dépassé son étage. D’autres tirs partent, mais aucun ne m’atteint. Je coure trop vite pour qu’ils m’ajustent, et trop vite pour les ajuster… Alors je cours, simplement. Dernier étage à franchir. Deux gardes, un de chaque côté de la porte. Ils portent la main à leurs armes. Je saute, sortant deux dagues. Quand mes pieds défoncent la porte, chacune d’elle se plante entre les cotes d’un garde, lui ôtant la vie. J’atterris dans les appartements privés du Président.

Qu’est ce que je suis venu faire là moi ? Je me suis trompé d’étage…? Des tirs m’obligent à avancer encore. Je rentre dans une pièce. La chambre de Venturi. Il y a une forme, allongée dans le lit, qui s’étire. Je ne suis même pas surpris de voir le visage qui émerge de sous la couverture.

« Bienvenue dans le top cinq Tania ! Maintenant, lève-toi faut dégager d’ici ! »

Tania Novan, Présent, partie 4 :

Je dormais bien, jusqu’à ce qu’il entre l’autre forcené ! Je me lève d’un bond. Je le vois entrouvrir la porte, tirer trois fois et la refermer juste avant qu’un projectile ne s’écrase sur le montant. D’accord, la situation est grave… Mais je saisi pas tout là… Comment je pourrais être en danger après… Enfin passons… J’attrape des vêtements. Ils doivent être à Venturi, mais tant pis, ceux que je portais la veille sont éparpillés un peu partout dans la pièce…

« J’ai pas d’arme ! »

Il m’en lance une. Bien, maintenant, on a un autre problème… Sortir d’ici… On a le choix entre la porte derrière laquelle nous attend une armée de gardes en furie, ou l’une des trois fenêtres de la pièce…

« Et pour l’évasion, tu as un plan ? »

Un vaisseau apparait à l’une des fenêtres. La rampe s’ouvre. Une jeune femme nous fait signe de rentrer.

« Maintenant, oui, fonce ! »

Et il me jette à bord du vaisseau, avant de sauter me rejoindre. Il regarde la femme un instant.

« Bonjour Laï.

-Bonjour Unic. On passe prendre ton vaisseau et on s’arrache ?

-Non. On s’arrache. »

Elle porte son communicateur à ses lèvres.

« Anol, fait nous quitter cet endroit tout de suite ! »

La rampe se referme. Le vaisseau prend de l’altitude à toute vitesse, secoué par des tirs. Et puis plus rien. On est partis. Laï se tourne vers moi.

« Alors c’est toi la nouvelle…? Bienvenue dans le top cinq ! »

Et voila. Je suis parmi l’élite. Et merde.

Seno Venturi, Présent, partie 3 :

« Partie ? Comment ça, partie ?

-Partie comme “elle n’est plus là”.

-Oui, j’avais compris, Simara, mais et tous ces gardes morts ?

-Disons que… Unic aussi, est parti… »

Unic Mac Craft, Passé, partie 5 :

Je n’avais jamais vu ça. Une planète exploser… C’était beau. Bon, c’était cher aussi… Et après, on a décrété que c’était moins impressionnant qu’une vitrification… Donc le procédé a été abandonné officiellement…. Mais le vaisseau équipé n’a pas été désarmé… « On sait jamais. » J’ai servi à son bord. Puissance de feu remarquable, comme on s’en doute. Mais Quand on avait des troupes au sol, il servait à rien, et on devait se débrouiller sans appui spatial… Et là, c’était bien la galère… Mais on était là pour morfler, on morflait. Logique.

Unic Mac Craft, Présent, partie 9 :

« Qu’est ce que vous faisiez là vous deux ?

-Du shopping. »

Je regarde Laï. Non, elle se paye pas ma tête…

« On cherchait de quoi redécorer le vaisseau d’Anol. Enfin ce vaisseau, parce que le Papillon il veut pas qu’on y touche… »

Pardon ? Il entre.

« Salut Unic ! Bonjour la nouvelle, Ta…?

-Bonjour Anol. »

Il la regarde, mâchoire pendante. Laï se pose entre eux.

« Vous vous êtes déjà rencontrés ? »

Tania laisse échapper un petit rire et replace une mèche de ses cheveux derrière son oreille droite avant de lâcher :

« Très brièvement. »

J’ai pas bien suivi, ça devait être plein de sous-entendus, mais je suis resté bloqué à Laï disant qu’elle faisait du shopping pour redécorer le vaisseau d’Anol. Mon poing s’écrase sur son visage. Il chancèle sous le choc. Mon deuxième coup vient le cueillir. Il s’effondre. Laï tire. Le courant électrique me parcourt, foudroyant. Je rejoins Anol au tapis.

« De vrais gamins… Pas vrai Tania ?

-Je comprends pas tout… »

Anol se relève. Facile, il a pas prit deux cent mille volts, lui.

« Désolé Unic, on comptait t’en parler, mais on a pas eu le temps, vu les circonstances… »

Ma jambe fauche la sienne et il s’effondre à nouveau. Laï me le fait payer. Je crois que je perds connaissance, une seconde. Quand je rouvre les yeux, Anol est encore debout, hors de portée.

« Unic, c’est fini entre vous. Faut que tu t’y fasses. »

Tania regarde Anol, surprise. Puis moi, puis Laï. Laquelle prend la parole :

« Fini ? Mais ça n’a jamais commencé ! On a vécu dans son tas de ferraille volant pendant des mois sans qu’il me touche ce crétin. « je dois m’entrainer », « je dois aller tuer machin », « je dois dormir »… Ah, ça, il est numéro un, d’accord, mais pas sur tout…

-Faut dire que tu es moyennement motivante, Laï. »

Là, c’est le poing d’Anol qui s’écrase sur mon arcade sourcilière, qui explose sous le choc.

« Eh, vous allez mettre du sang partout là !

-C’est toujours comme ça avec le top cinq…?

-Seulement quand Unic s’aperçoit qu’il peut être remplacé. »

Pas sympa ça… On finit par s’assoir tous les quatre autour d’une table. Bon, je suis attaché à ma chaise, mais…

« La Chasse est lancée, il va falloir décider quoi faire. »

Tania se tourne vers Anol, qui vient de dire ça. Elle se lève, et nous regarde tous les trois.

« Là dessus, j’ai des infos de première main. Venturi veut épurer l’Assemblée. Il a commencé avant d’être élu, en plaçant des contrats sur certains hauts fonctionnaires corrompus… Vous en avez probablement remplis quelques-uns. Mais depuis qu’il est Président, il est passé à la vitesse supérieure. Il y a un type, qu’on appelle son Ombre, l’Ombre du Président. Apparemment, c’est lui qui serait à l’origine du plan. En gros… Venturi lâche les chiens sur les mercenaires. Que font les mercenaires ? »

J’annonce l’évidence.

« Ils tuent les chiens, et ceux qui les contrôlent.

-Exactement. Il ne peut pas éliminer lui même la corruption à coup de guillotine sans provoquer une guerre civile. Donc il compte sur nous, en gros, en nous utilisant. Sachant que lui, protégé en permanence par Simara et son Ombre, ne risque pas grand chose. Si on réussi à massacrer toutes les cibles qu’il nous laisse bien en évidence, son objectif est atteint. Si on se fait tous massacrer avant, il aura éliminé les principaux outils utilisés par ceux qui se partagent tout le pouvoir. Quoi qu’il arrive, tout benef’ pour lui. Et moi j’avais une immunité… Jusqu’à ce que vous veniez me « sauver ». »

Euh… Là, elle va prendre ma main sur la figure… Zut, Laï a été plus vite… Eh, Anol y est allé quand même… C’est mon tour… Ah, non, je suis attaché…

« Anol, remet lui en une de ma part. »

La gifle claque. Excédée, Laï regarde Tania droit dans les yeux.

« Tu es dans le top cinq maintenant, alors agis en tant que tel !

-J’ai pas le choix, de toute façon… »

Tout le monde se rassoit.

« Bon, maintenant qu’on a les mêmes problèmes, autant partager toutes les infos… Venturi m’a dit que Lio était encore vivant. Enfin… Qu’on a pas retrouvé son corps… Mais celle avec qui il vivait a été « mise en sécurité ». »

Lio est vivant. Il faut réunir le top cinq. Le message est passé instantanément. Laï, Anol et Tania se lèvent et quittent la salle. Ils vont entrer les coordonnées de la planète de Lio. Moi… Ben je suis toujours attaché…

Lio Shanrad, Présent, partie 2 :

La jungle de cette planète ne me protègera pas éternellement… Et j’arrive au bout de mes munitions… Bon, ces Prétoriens l’auront payé cher… Mais ils vont finir par me tuer. Ils gardent l’entrée du manoir, ils surveillent mon hangar secret… Et ils sont en train d’installer un canon de défense planétaire, au cas où j’arriverais à faire décoller un bananier pour partir d’ici… J’ai pensé à la catapulte, mais j’ai vite abandonné l’idée…

Pli… Tu te rends pas compte de ce que tu as fais. Si, bien sûr. Tu as mis fin aux agissements d’un tueur. Mais d’un tueur qui t’aimait. Qui t’aime. Enfin… Je sais plus. Là, c’est compliqué. Mon radar indique qu’une patrouille passe, pas trop loin. Je ne pourrais pas rester caché éternellement. Connaissant les protocoles des Prétoriens, un vaisseau est déjà en route pour scanner la planète entière, et là, je serai suivi à la trace. Combien de temps ça prendra avant qu’ils me mettent la main dessus…? Je sais pas. Est-ce que Unic a eu mon message ? J’espère…

Je recompte mes munitions. J’ai même pas de quoi abattre tous les hommes de la patrouille… Mais avec un peu de chance, je peux récupérer des armes sur les premiers que j’aurais tué, et… C’est quoi ce bruit ? Je lève la tête. Un vaisseau…? Il entre dans l’atmosphère. Apparemment, il est amoché… Il va s’écraser… Je regarde les données que je reçois. C’est celui d’Anol. Alors ils sont venus… Ils ont été jusque là… Des vrais tarés…

Tania Novan, Présent, partie 5 :

« Ah ouais, Anol Korel, meilleur pilote de l’univers, hein ? Mon œil oui !

-Eh, écoute Tania, si tu es capable de passer à travers un barrage comme ça sans te faire toucher, dis-le moi et prends les commandes quand on devra repartir, d’accord ? »

Laï attrape le bras d’Anol et l’embrasse furtivement. Unic pâlit. Puis rougit en voyant que je l’ai vu. Je crois qu’il a vraiment un problème avec les femmes…

« Heureusement qu’on avait pas refait la déco, finalement… »

Ah ça c’est sûr, vu ce qu’il en reste du vaisseau…

« Allez, on bouge. Il faut qu’on trouve Lio au plus vite et qu’on s’arrache de là. »

Quelque chose bouge dans la jungle. Et ça bouge vite. Dans notre direction. Anol et Unic ont déjà leurs armes en main et visent la chose. C’est un jeune homme qui déboule dans la clairière formée par le crash du vaisseau. Il hurle.

« Abattez-les ! Ils sont juste derrière ! »

Je crois qu’ils n’ont pas entendu la suite. Unic lance une arme à l’arrivant et, tous les trois, ils arrosent la zone de tirs à énergie. Pendant ce temps, Laï observe le radar et leur indique les directions d’où viennent les ennemis. Ces quatre-là sont impressionnants. Efficaces. Très efficaces. Les tirs cessent.

« Ils se sont repliés. Bon, comment on part d’ici maintenant ?

-On part pas Unic. Ils sont en train d’installer une défense automatique. Le premier truc qui décolle se fera exploser.

-Il suffit de la désactiver.

-Et ils la réactiveront avant le décollage. C’est gentil d’être venu, vraiment… »

Ils se regardent. Je crois qu’ils m’ont oubliée. Enfin, le dernier arrivé se tourne vers moi et me tend la main sale d’un homme qui a passé dix jours seul dans la jungle. Je la serre pas. Il comprend.

« Enchanté, moi c’est Lio. C’est toi qui remplace le Nostalgique ? On gagne au change…

-Pas vraiment, non… »

Je foudroie Unic du regard.

« Ah, tu disais ça parce que c’est une femme ? Ouais, ben même de ce point de vue là, c’était mieux avec le nostalgique… »

Oui, il a vraiment un problème avec les femmes. Laï regarde autour.

« Bon, c’est quoi le plan ? On peut pas rester là, ils vont arriver.

-Je vais m’occuper des défenses, filez à mon hangar. »

Je viens de comprendre. Il y en a un qui va être obligé de rester pour maintenir les défenses désactivées le temps que les autres passent. Et après, il sera bloqué là. Lio s’est proposé. Unic s’avance.

« On sait pas où il est ton hangar. Perds pas de temps à télécharger les coordonnées dans nos communicateurs. Tu quitteras cette planète, sinon j’aurais supporté Anol pour rien. Je reste. Dis moi où je peux trouver le système central des défenses. »

Ils se regardent tous les quatre. Encore une fois, je me sens exclue de ce groupe.

« Unic, Pli m’a dénoncé. Je préfère mourir avant de la haïr.

-Lio, Coquillage m’a vu massacrer une armée de Prétoriens sous ses yeux… Je pense pas qu’elle soit très contente à l’idée de me revoir… Alors t’es gentil, tu t’occuperas de la petite. »

Je crois que ça y est, tout le monde a compris qu’Unic resterait. Quoi qu’il arrive. Lio hoche la tête et inscrit les coordonnées du système central de défense dans le communicateur d’Unic. Ils se regardent, tous les quatre. Les adieux sont courts. Le temps manque. Unic serre Lio dans ses bras.

« Tu vas devenir le nouveau top un !

-Tu peux pas savoir comment j’en suis heureux… Eh, prend ça, colle le toi sur la tempe.

-C’est…?

-Expérimental. »

Unic hoche la tête. Il ne sait pas ce que c’est. Moi, si : un communicateur dernière génération qui fonctionne en scannant le cerveau en continu. Il transmet les pensées, en gros. On gagne en rapidité. Je vois pas l’intérêt. Sûrement juste un cadeau d’adieu… Unic colle un coup de poing à Anol. Il ne regarde pas Laï. Elle pleure. Il se tourne vers moi.

« Alors, comment tu l’as trouvé ce Président ?

-Par erreur. »

Il rit. Et il part. Nous, on reste là, pas plus de deux secondes. Dès qu’il a disparu, on s’élance vers le hangar. On va devoir abattre les gardes et tenir jusqu’à ce qu’Unic désactive les défenses. Ensuite on devra être loin avant qu’elles ne soient réactivées. Loin de lui. Je crois qu’il me manquera. Ça sera peut être même pire que ça.