Chapitre 2 : Loose your head and go ahead !

Unic Mac Craft, Passé, partie 3

Notre première victoire contre les Nazrats, je peux vous garantir qu’on l’a fêtée… Et pourtant, nous n’aurions pas dû. Pendant la fête, un commando de ces saloperies a attaqué l’Assemblée et abattu le Président. Tout de suite, ça a été un peu moins la fiesta… Mais bon, les seigneurs nous ont vite élu un nouveau crétin à la tête des crétins… « Le Président est mort, vive le Président !» Sauf que nous, on préférait l’ancien. Le suivant à été autrement plus stupide. J’entends encore son discours d’investiture : « Nos Prétoriens sont la force armée la plus efficace de cette galaxie. Ils l’ont prouvé lors de la bataille d’il y a quelques jours. L’assassinat de mon prédécesseur est un regrettable incident, que nous devons faire payer aux Nazrats ! C’est pourquoi j’ordonne l’envoie immédiat d’un détachement de deux divisions de Prétoriens sur une des planètes appartenant à l’ennemi !» Et pour ça, il avait été applaudi. Nous, on l’a maudit. Hé oui, nous, on savait.

La Meute et les Ours ont été envoyés. Déjà, pour atteindre le sol en un seul morceau, le pilote a sué comme un bœuf… Ensuite, ça a été à nous de jouer. La Meute et les Ours avaient chacun un objectif. Le notre a été vite rempli. Eux ont été stoppés. Ils nous ont contacté pour recevoir de l’aide. On a essayé de les rejoindre… Les Nazrats nous ont arrêté en chemin. On s’est divisés en petits groupes pour partir dans les ruelles. Ils ont tendu des embuscades. Ça a été un carnage. On a fini par réussir à se regrouper sur une grande place d’où on faisait des cibles faciles… On a contacté le vaisseau pour un retour rapide. Les Ours hurlaient toujours qu’ils avaient besoin d’un soutien, qu’ils étaient encerclés et sous le feu ennemi… On ne pouvait pas y aller, on a essayé : les canons des Nazrats faisaient un barrage impénétrable, et à pieds, ça aurait été pire. On en pouvait plus, on avait presque plus de munitions… On a gagné le point d’extraction, et on est partis. Sur les mille hommes de la division des Ours, seulement cinquante-quatre ont survécu : ceux qui n’étaient pas présents sur le champ de bataille.

Ils ne nous ont jamais pardonné, et nous tiennent toujours responsables pour la mort du reste de leur division. On ne pouvait pas y aller. On aurait perdu les deux sinon.

Cela dit, je comprends leur réaction, et ce qu’ils ont fait après…

Unic Mac Craft, Présent, partie 4

Je retourne à Liffa. Encore une fois, le bruit de la mer, la caresse du soleil… Je n’y prête aucune attention. Je n’ai pas envie de penser. Qui suis-je ? Personne. Qu’ai-je fait de ma vie ? Rien dont je puisse être fier. En fait, je me déteste… Voilà ce qui arrive quand on pense…

Je me dirige vers l’orphelinat. À peine arrivé devant les portes, je sens que quelque chose ne va pas. J’accélère le pas. Les portes s’ouvrent automatiquement. Personne dans le hall. Je continue. Je ne croise toujours personne. Puis un contingent d’hommes en uniformes passe. Je les arrête.

« Bougez vous monsieur, on a pas le temps. »

Quelque chose me dit qu’ils ont raison. Je les laisse passer, et je les suis. On arrive devant les portes du réfectoire. Là, près d’une centaine de personnes, des employés du centre, pour la plupart, sont réunis devant les portes fermées. Tout le monde semble tendu. Je me renseigne.

« Un des gosses est devenu dingue. Il a pris tous les autres en otages.

-Tous ?

-Tous. Il menace de les tuer si on ne lui dit pas la vérité.

-Quelle vérité ?

-Où sont ses parents.

-Et ils sont où les parents de cet enfant modèle…?

-Morts lors de la destruction de la planète Podlna.

-Super, on en a de la chance… »

J’avance. On essaie de m’arrêter, je me dégage. J’ouvre les portes. Le gosse est là, debout sur une table, arme de poing brandie dans ma direction. Sauf qu’il vise pas au bon endroit : le canon est un peu trop bas à mon goût. Je me demande si le robot médecin est capable de rafistoler ces parties de manière indolore, la dernière fois m’ayant laissé un souvenir plus que marquant… Je ferme les portes derrière moi, faisant un petit salut de la main aux militaires qui s’apprêtaient à rentrer. Une fois la porte à nouveau fermée, je me tourne vers le gosse. Les autres sont massés contre le mur du fond. Près de trois cents gamins tremblant de peur.

« Comment tu t’appelles ?

-Bougez pas ou je tire !

-Peut être.

-Bougez pas je vous dis !

-Alors, ton nom ?

-Je vais tirer !

-Je sens qu’on va avoir une discussion passionnante… »

Il me regarde. Je le regarde. Il tremble. Normal. Je ne vois pas un tueur. Juste un gosse de treize ans qui a peur. Un gosse qui sait qu’il fait une bêtise, mais qui ne peut plus revenir en arrière.

« Bon, SansNom… Il paraît que tu veux la vérité sur tes parents. Ils sont morts. La planète sur laquelle ils se trouvaient a été vitrifiée par l’armée sénatoriale pour délit de rébellion. »

Il déglutit. Il était tellement préparé à ça que ça ne lui fait rien de l’apprendre.

« J’étais Prétorien à l’époque. J’ai appuyé sur le bouton. Je les ai tués, et tous les habitants de cette planète. Et plein d’autres gens encore. »

Était-ce vrai…? J’étais là, je m’en souviens… Mais qui avait appuyé sur ce fameux bouton…? Peu importe. Par mon inaction, j’avais participé. J’étais aussi coupable que celui qui avait déclenché l’armement. Et pire. J’avais été soulagé de voir cette planète rasée, détruite, annihilée. Nous avions perdu trop d’hommes au sol. Ça avait été une vraie boucherie. Une larme de l’enfant tombe vers le carrelage. La lumière miroite dedans. Un minuscule arc-en-ciel apparaît. Magnifique.

Il tire. Beaucoup trop tard. Il ne me reste que cinq mètres avant de l’atteindre. Il tire à nouveaux. Le projectile me déchire l’épaule. Peu importe : je suis arrivé. J’attrape le bras armé du gosse, je lui mets l’arme sur la tempe, et je mets ma tête de l’autre côté de la sienne, dans la ligne de mire.

« Tu peux me tuer, vas-y. Mais tu mourras avant moi. C’est pas vraiment l’avenir qu’avaient prévu tes parents pour toi.

-Ils avaient pas non plus prévu de se faire tuer !

-Je n’avais pas prévu de les tuer.

-Vous les avez massacrés !

-Peut être. Ne nous écartons pas du sujet, revenons-en à la situation qui nous occupe… Tu appuies sur la gâchette et on meurt tous les deux, ou alors tu comptes rester là à discuter…? »

Il hésite. Je me demande si j’aurais vraiment le temps de retirer ma tête si jamais il tire. Sa main armée se crispe plusieurs fois. Il n’arrive pas à le faire. Son bras retombe. Il ne lâche pas l’arme. Il renifle, et se met à pleurer sans bruit. Ce n’est plus une menace : il aime trop la vie.

Je le lâche, et je me tourne vers les autres enfants. Une détonation derrière moi. Je fais volte-face. Il s’est fait exploser la cervelle. Le sang et la matière grise tapissent le plafond, recouvrant les tables et les chaises alentours.

Tania Novan, Présent, partie 1

Il sort. Je me retourne.
« Quoi, déjà ? »
Il tente un sourire gêné. Franchement, de la part d’un membre du top cinq des tueurs, je m’attendais à mieux…
« C’est que ça fait longtemps… J’ai pas mal d’autres trucs sur mon planning, alors je perds l’habitude.
-Nan mais c’est pas une excuse. Heureusement que tu as une réputation de super-tueur, parce que sinon… »
Penaud, il se dirige vers la porte. Avant de quitter la salle, il me jette un regard.
« Tu fais ça souvent toi…? »
Bon, là, il se sent mal. Tendrement, je m’approche et lui caresse la joue.
« Mais non Anol : tu n’es que le deuxième… De la soirée. »
Je crois que c’est un vomissement qu’il vient de retenir à grand mal avant de s’enfuir. Pauvre chou. Et maintenant, il faut que je me nettoie… Tout ça pour ça. J’espère vraiment que mon communicateur va sonner. Il faut que je tue quelque chose. Vite. Il sonne. J’inspecte le message. Pas tuer, gagner du temps ? Pour qui ils me prennent ?

Unic Mac Craft, Présent, partie 5

Plusieurs heures plus tard, un médic m’a rafistolé l’épaule plutôt bien. Presque aussi bien que le mien. J’ai eu droit aux questions d’usage, aux effusions de joie, aux remerciements… Alors qu’un gosse est mort. Il s’est suicidé. Apparemment, j’étais placé entre les enfants et lui, ce qui fait qu’ils n’ont pas bien vu le geste… Cela ne les a pas empêchés de vomir en voyant tous les bouts de cervelles et d’os éparpillés dans la salle, et de vomir encore une fois à cause de l’odeur du vomi.
Je suis assis dans un fauteuil, je ne sais pas trop où, dans le centre. Coquillage est là. Elle à peur. De moi. Vie de merde. Il se fait tard. Je l’envoie se coucher. Elle ne me demande pas de rester, ni même une histoire. Je pars.
À peine dehors, je suis attaqué par le bruit des vagues. Un bruit incessant, qui se voudrait apaisant. Ou accusateur. Comment des trucs comme ça peuvent encore exister après que ses yeux m’aient regardé comme ça ? Je me pose dans le sable. Le soleil se couche. Un soleil rouge sang. Un soleil comme celui de là-bas…
Et dire qu’après cette mission-là, je suis resté chez les Prétoriens… Je m’aperçois qu’une larme coule le long de ma joue. Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude. Le soleil est couché. Une présence, derrière moi. Je saute sur mes jambes, me retourne, et pose la main sur la garde de ma dague.
Une jeune femme. Juste une jeune femme.
« Vous rêviez…?
-Vous m’espionniez…? »
Aux deux questions, une seule réponse :
« En effet. »
Elle dégaine plus vite que moi. Ma dague vole. J’encaisse le tir. Je me rue sur elle. C’est stupide. Elle va tirer, et je vais me retrouver étendu sur le sable, le corps brisé en plein de petits morceaux… Elle tire à nouveau. À trois reprises. Ma lame lui laisse une entaille profonde sur le bras. Je sors une autre dague et je la lui place sous la gorge.
« V… Vous devriez être à terre en train de hurler de douleur !
-Désolé, j’ai dû rater un épisode…
-Je vous ai touché ! »
Elle a l’air d’une gamine boudeuse. Elle aurait pu dire « C’est pas du jeu », ça aurait été pareil. Je regarde ses projectiles. Des simulateurs de douleur. Ces petits engins stimulent les nerfs de telle façon que la cible est paralysée, et au lieu de mourir des suites de blessures, en général, c’est le corps qui met fin lui-même à la souffrance… C’est moins mortel que les armes à projectiles ou à énergie, mais c’est infiniment plus propre.
« Une neurotoxine expérimentale, il y a trois ans. Depuis, le système nerveux, c’est pas ce qu’il y a de plus fiable chez moi…
-J’ai vu ça oui…
-Je dois comprendre quoi là…? »
Elle se contente de sourire. Un sourire désarmant. D’ailleurs, ma dague est revenue dans son fourreau, sans vraiment que je sache comment. Au fond… Peu importe.
« Bon, deux possibilités : je vous torture pendant des heures, et vous finissez par parler, ou alors on gagne du temps et vous parlez tout de suite ?
-Joker ?
-Ok, je choisi pour vous. On vous a déjà fait manger une de vos oreilles ?
-Option deux !
-Même pas drôle… »
Un temps passe. Silence. Puis elle parle.
« Bon, alors, vous posez des questions ou vous voulez passer la nuit là ?
-Le soucis c’est que quand je pose des questions, les gens éprouvent souvent des difficultés à répondre…
-Vous avez un sens de l’humour pitoyable. Enfin d’accord… L’Assemblée, pour deux cent milles.
-Pour ma tête ?
-Oui. »
Je la regarde. Il y a un problème.
« Non, pas pour ma tête. Sinon ce n’est pas vous qui seriez là, mais un tueur entrainé, qui aurait utilisé autre chose qu’un simulateur de douleur. Vous me donnez une réponse ou je prends votre oreille ?
-D’accord, je devais juste vous occuper un peu.
-Vous auriez pu venir à quinze, ça aurait été un peu plus long. Pourquoi vous deviez m’occuper ?
-J’en sais trop rien en fait. Je crois qu’ils veulent un otage pour vous envoyer en mission… Je vous avoue que c’est pas le genre de missions qui m’éclatent alors je me suis pas sentie impliquée… »
Un otage ? Il n’y a qu’une personne sur cette planète qui peut jouer ce rôle. Une petite fille de sept ans. Je cours vers le centre. Des bruits de pas me suivent. Apparemment, la débutante vient avec moi. Je ne sais pas combien d’hommes seront là bas, mais je sais qu’ils seront armés, contrairement à moi…
L’ouverture automatique du centre est trop lente, je passe directement à travers la baie vitrée. Je glisse un peu sur les éclats de verre. Je monte les escaliers quatre à quatre. Pourquoi il y a autant de marches…?
Le couloir. Un tir. À deux centimètres de ma tête, le mur se transforme en passoire. Quelqu’un hurle derrière. C’est une chambre d’enfant. La débutante m’a rattrapé. Je prends son simulateur, je le charge, et je me jette dans le couloir. Trois hommes sur cinq s’effondrent, pliés de douleur.
Les deux autres rentrent dans la chambre de Coquillage. Je les suis. Un homme se cache derrière la porte, je l’aplatis contre le mur. Un bruit d’os brisé m’indique qu’il ne sera plus trop gênant. Un homme est à cheval sur la fenêtre, il me vise. Ma dague, en traversant ses côtes, l’aide à traverser la fenêtre. Encore un qui ne me dira pas merci pour mon aide… Un autre homme, à gauche. Une déflagration. Douleur. Je ne sais pas trop comment, il se retrouve avec le pied d’une chaise en travers de la poitrine. Je me rue vers la fenêtre. Une dizaine d’hommes tirent d’en bas, dans le jardin. Ils ont Coquillage. Ils sont descendus avec une échelle. C’est trop lent, surtout sous les tirs ennemis. Après tout, je ne suis qu’au quatrième étage…
Je récupère une vraie arme sur le corps de celui qui a dit bonjour à une chaise, et je saute. À peine ma tête a-t-elle passé l’encadrement de la fenêtre que je regrette déjà. Des dizaines d’étoiles filantes passent tout près de moi. Plusieurs me frôlent, deux m’atteignent. Je fais feu. Je sais qu’avant même que j’ai touché le sol, trois hommes sont morts. J’atterris. Non, en fait je m’effondre. Ma jambe droite se brise sous le choc. Elle ne répond plus. Je roule sur le côté, me met à l’abri d’un buisson. Deux autres hommes sont morts. Trois balles viennent rejoindre leurs petites sœurs dans mon corps déjà pas mal alourdi.
Tout devient d’un coup plus noir. Mon bras est presque mou. Je ne sens plus rien. Cerveau en mode pause. Je sais que je continue de tirer. En fait, je continue d’appuyer sur la gâchette : l’arme est vide. Je suis épuisé. La douleur commence à venir. Je cherche une fiole. Elle est brisée. Je bois les quelques gouttes disponibles. J’en prends une autre. Brisée aussi. Mes doigts tremblent. J’ai froid.
« Unic Mac Craft, ici le sergent Nayn, sortez de là. Si on vient vous chercher, on risque d’être un peu nerveux. »
Mon cerveau met du temps à imprimer. La phrase repasse trois fois dans ma tête avant que j’en comprenne le sens. Derrière, un bruit de véhicule se fait entendre. Ils ont reçu du renfort.
« Vous n’êtes plus au sec ! Ils sont beaux les Prétoriens aujourd’hui. Retournez voir vos mères, qu’elles vous mouchent ! »
C’est moi qui ait parlé ? J’en sais rien. J’étais occupé à essayer de dégoupiller cette grenade. Mais mes doigts refusent cette tâche.
« Et merde… Vous auriez pas un chargeur ? »
Pourquoi je dis ça moi…? Je ne suis plus dans leurs rangs. Je commence à délirer. Stop Unic. Stop.
Je me lève, prenant bien soin de ne pas m’appuyer sur ma jambe brisée. J’essaie de me donner un peu de contenance. Raté. Je me plie en deux, et je vomi un flot de sang. Je me redresse. Les quelques gouttes de la fiole commencent à agir, la douleur recule, passe presque au second plan. Ou alors c’est peut-être dû à l’approche de la mort…? Je place mes mains dans mon dos, essayant encore de dégoupiller la grenade, discrètement.
« Unic Mac Craft, ne bougez plus. On a un otage.
-C’est vrai, il vous faut au moins ça… Vous n’êtes qu’une quarantaine…
-Vous n’aimeriez pas la voir mourir, n’est-ce pas ? »
Coquillage me regarde. Je ne sais pas de qui elle a le plus peur : de l’homme qui tient une arme collée à sa tempe, ou de son parrain qui vient de massacrer les trois quarts d’un commando ? C’est vrai que c’est pas vraiment une performance qu’on attend venant d’un vendeur à domicile… Pourquoi je ne lui ai pas dit la vérité…? Pourquoi elle me regarde comme ça…? Pardonne-moi, petite. J’espère que tu comprendras, plus tard. Parce que moi, j’ai toujours pas pigé.
« C’est qui cette gosse ? Tuez là, ça ne me dérange pas : c’est pas la bonne. »
J’essaie de pivoter sur ma jambe valide. L’homme m’appelle. Mon regard revient vers lui. Il tient un détonateur.
« De toute façon, la bonne est dans cet orphelinat… Je peux le faire sauter. »
Un petit cri vient de la fenêtre par laquelle j’ai sauté. Je regarde. La débutante. Évidement… Voilà pourquoi ils n’ont pas envoyé un tas de muscle surentrainé pour me retenir sur la plage… Les machines à tuer, c’est beaucoup moins attachant que les apprenties tueuses maladroites… J’entends un petit « Clic ». Mes doigts ont fini par venir à bout de la goupille. Dommage, c’est plus vraiment au programme… Je mets ma main avec la grenade à hauteur de ma tête, bien en évidence. C’est drôle, je crois que je souris.
« Oups. »
Je la jette contre le mur. Le souffle de l’explosion me propulse sur les Prétoriens. Ils s’abritent comme ils peuvent, même s’ils sont hors de portée des fragments. L’entrainement n’est plus le même depuis qu’on a gagné contre les Nazrats. Je tombe presque sur Coquillage. Je l’attrape, je la serre dans mes bras. Je pleure. Je crois que je parle. Je crois que j’implore son pardon. Je sanglote. Elle non. Je ne peux plus la protéger. Je ne suis plus son super Parrain. Je suis un tueur. Une machine à tuer. Elle a le visage plein de sang maintenant. Le mien, et celui des hommes que j’ai massacré.
Le froid d’une arme qui se pose sur ma nuque me ramène à la réalité.
« Désolé, on ne peut pas laisser la scène s’éterniser…
-Je vous écoute.
-Non, pas encore. »
L’arme quitte ma nuque. Mon instinct me dit qu’elle s’élève haut dans les airs, et qu’elle retombe vite, très vite sur mon crâne. Je pourrais esquiver. Mais je suis fatigué, et j’ai pas envie. Je vois des étoiles, encore une fois. Il fait nuit.

Unic Mac Craft, Passé, partie 4

Je me souviens d’une autre bataille, contre les Nazrats. C’était une embuscade. Un détachement de la Meute devait protéger un homme politique de l’Assemblée en déplacement près du territoire ennemi. C’était supposé être une mission simple. Ça a été plus compliqué que prévu. Le convoi a été attaqué. Les Nazrats ont détruits l’escorte personnelle de l’homme que nous protégions, puis ils l’ont abattus avant que nous autres Prétoriens n’ayons pu être en position. Jusque là, c’était un échec cuisant. On a réussi à transformer ça en victoire éclatante… Enfin… La propagande à réussi. Nous, on a juste sauvé notre peau.

Je sais que, sur les cinquante Prétoriens envoyés, quarante-huit sont revenus. Par contre, deux cent-soixante Nazrats sont morts. En grande partie à cause de l’escorte de mille unités attachées à la sécurité de l’homme, mais la propagande n’en a pas parlé… Toujours est il que, deux jours après, tous les peuples de l’Assemblée étaient au courant que cinquante Prétoriens avaient vaincu plus de trois mille Nazrats, en subissant seulement très peu de pertes. Et en plus, tout le monde y a cru, même les autres divisions. La magie de la Propagande.

Aujourd’hui, je suis le seul survivant de cette bataille. Les Nazrats ont chassé tous les autres. Je crois qu’ils m’en veulent vraiment, même aujourd’hui, après la guerre : je leur échappe toujours, laissant derrière moi une rivière de sang…