Chapitre 5 : The defeated winner.

Unic Mac Craft, Passé, partie 5 :

     Dès que je suis devenu mercenaire, les Prétoriens m’ont « oublié ». Ou plutôt renié. Je suis devenu une honte pour eux… Pourtant, j’étais pas le premier… Mais j’avais été un héros, de leur côté… Une fois du côté d’en face, j’étais un héros ennemi. Ma division m’a laissé m’échapper une fois. Ils ne le referont pas. Chacune des autres rencontres avec une division Prétorienne s’est soldée par un massacre en règle… Mais jusque là, je n’avais jamais combattu les Exterminateurs, une division spécialement entraînée pour chasser les non-humains, les mercenaires… Et surtout moi.

Unic Mac Craft, Présent, partie 10 :

     Une dizaine d’hommes pour garder le système central… Négligence ou piège ? J’ai qu’à foncer pour le savoir. Je tire, un homme s’effondre, puis un autre, et encore un. Ils répliquent. Des tourelles sortent du sol. Bon, ben c’était un piège.

     Je passe entre les tirs, courant comme le vent, j’arrache les câbles d’une tourelle et la fait tirer sur une autre. La dernière me mitraille, je bouge. J’attrape un homme qui me sert de bouclier un instant, j’en tue un autre… Et je rentre dans le bâtiment. Là, je sais où aller. J’ai servis dans des postes comme celui là. En une minute, le système de défense est désactivé. Voila. Les autres vont pouvoir décoller. Moi je vais pouvoir mourir. Sympa comme programme…

     Je retourne à l’entrée, je prend une grenade et je la lance sur la dernière tourelle. Je ne me souviens pas d’avoir tué tous les hommes… Alors ils sont partis. Les autres ne vont pas tarder.

     En effet, les voilà. Une division de Prétoriens au grand complet. Des Ours. C’est drôle… Je pense qu’ils ont encore une folle envie de se venger… Ils s’avancent, prenant place dans la clairière. Je me place au centre de l’espace libre, les laissant m’encercler. Tout est calme. La jungle, eux, moi… Tout. Un léger vent frai souffle… Il fait chaud, mais pas trop. Certains diraient que c’est un beau jour pour mourir. Je dirais juste que ce jour, c’est le mien. Mais je compte bien le partager. J’inspire profondément.

« Je suis Unic Mac Craft, et je viens à vous pour vous tuer ! »

     Je n’allais pas attendre qu’ils attaquent, ça aurait pu être long… Ma phrase résonne encore quand j’arrive sur eux. Mais eux ne sont pas ces nouveaux Prétoriens au rabais… Eux, ce sont des vieux durs… Des qui ont connu les mêmes entraînements que moi… Mais pas les mêmes combats.

     Mes lames fusent, trouvent la chair, la découpe, repartent intercepter du métal, puis décident de déchirer un muscle, de trancher un membre… C’est un ballet mortel et incessant que je danse en cet instant. Partout autour de moi, l’acier cherche ma peau, mais ne la trouve jamais. C’est évident que je ne pourrais pas battre toute la division, mais il faut que les autres décollent, alors je dois tenir. Encore un peu. Attendre avant de mourir.

     Un bruit assourdissant retentit. Ils ont décollé. Un bruit caractéristique se fait entendre. Ils tirent par ici. Les Ours s’effondrent par dizaines sous les tirs d’énergie du vaisseau, formant un cercle protecteur autour de moi. Très vite, tous les Ours sont morts. Des vaisseaux Prétoriens apparaissent dans le ciel, chassant  celui du top cinq. Top quatre, en fait. En voulant m’aider, ils ont perdu l’effet de surprise et se retrouvent à combattre, bloqués dans le ciel de cette planète par une nuée de chasseurs. Tout ça parce qu’ils ont voulu m’aider alors que quoi qu’il arrive, j’allais mourir… C’est gentil de donner autant d’importance à mon sacrifice… Mort pour mort, j’aime autant réussir…

     J’en viens à me demander si j’ai peur de mourir. Quand mes yeux quittent le ciel pour venir se poser sur l’homme qui s’avance vers moi, je me rend compte que la réponse est oui.

« Je suis Simara N’Galar, et je viens à toi pour te tuer ! »

     Je n’en doute pas une seconde…

« Eh, il y a un droit d’auteur sur cette phrase ! »

     Je crois qu’il s’en moque. Il sourit. Lentement, il sort son épée du fourreau, et, plus l’acier se dévoile, plus son sourire s’élargit. Oui, il vient à moi pour me tuer, et il va le faire.

     Sa lame fend l’air. Je ne la vois pas. Elle arrive sur mon oreille gauche. Ma dague la bloque, juste une fraction de seconde trop tard pour empêcher mon sang de couler. Cette blessure n’est rien. Simplement parce qu’il le voulait. Il sourit encore plus. Son visage se résume presque à ce sourire, désormais. Il se recule de trois pas. Je plante mes dagues au sol, et saisis une épée, qu’il me tend. Je vais mourir.

     Encore une fois, sa lame trace dans l’air un sillon  que je n’arrive même pas à percevoir et une estafilade s’ouvre sur ma joue. Mon bras n’a même pas eu le temps de bouger qu’une deuxième blessure s’ouvre sur mon autre joue. Je recule. Je vais mourir.

« Alors, Unic Mac Craft… C’est tout ce que sait faire le numéro un ? »

     Oui, c’est tout. Ah, non. Je sais tricher aussi. Je prend une fiole à ma ceinture. Les Nazrats utilisent la même chose. Je porte le goulot à mes lèvres. Simara me laisse faire. Il sait ce que je fais. Il ne m’en empêche pas. Le liquide se déverse dans mon organisme. En un instant, mes perceptions s’ouvrent. Je sens l’odeur des réacteurs des vaisseaux dans le ciel. J’entends le cœur de Simara battre dans sa poitrine. Je vois chaque pore de son visage. Le temps semble ralentir.

« On peut y aller, Simara. »

     Et on y va. J’attaque le premier. Il pare le coup et contre attaque, j’esquive, je me fend, ma lame le frôle, la sienne s’élance vers ma gorge et la rate, je virevolte, mon épée trouve la sienne. Instant de flottement. Il peut vraiment être aussi fort sans avoir besoin de la drogue Nazrate ?

     Il repart dans un nouvel assaut. Nos lames s’entrechoquent, se cherchent, se rencontrent et se séparent. Comme moi et Laï. On a passé notre temps à ça. Il me jette un coup de poing. Plus fort qu’Anol ne l’a jamais fait. Je suis projeté à trois mètres de là, mais je retombe sur mes jambes et m’élance vers lui. Il m’esquive et tente de me frapper dans le dos, mais ma lame est déjà là, bloquant la sienne. Je me retourne et lui assène un coup de pied, qu’il arrête avec sa main libre avant de relancer son épée à la recherche de ma gorge. Je m’éloigne de quelques pas.

     Je saisi une nouvelle fiole et en bois le contenu. Je sais ce que peut faire une surdose. Je l’ai déjà vu. Mais je n’ai pas le choix. Pour égaler Simara, La Mort Souriante, il faut au moins ça… Et c’en est terrifiant… Cet homme, quelle puissance pourrait-il atteindre avec ce produit ?

Unic Mac Craft, Passé, partie 6 :

     Pendant l’entraînement, on nous avait montré un enregistrement terrifiant. On y voyait comment un Nazrat seul pouvait massacrer une armée. Il combattait sans relâche, et, à intervalles réguliers, il prenait une fiole qui boostait ses capacités. Alors qu’il aurait dû ralentir, s’épuiser, s’arrêter et mourir, son rythme ne cessait de s’accélérer, chacun de ses gestes était plus rapide et plus précis que le précédent. Il ne fatiguait pas, il ne recevait pas de blessure, il ne s’arrêtait pas.

     L’enregistrement durait un long moment. Au final, le Nazrat n’avait plus d’adversaire. Il resta là, sur ce tas de cadavres pendant quelques secondes, respirant profondément. Et une veine de son cou explosa, projetant du sang à huit mètres de hauteur. Il est mort comme ça. Surdose. L’organisme a une limite, cette drogue permet de la dépasser. Mais pas impunément. Notre instructeur nous a dit que c’était une leçon, que ça nous montrait à quel point nos ennemis étaient déterminés…  Moi, j’y ai surtout vu un truc à garder sous la main « au cas où ». Un truc que je me suis mis dans les veines pas mal de fois depuis. Parce que j’ai rencontré pas mal de “cas où”.

Unic Mac Craft, Présent, partie 11 :

     J’en suis à ma quatrième fiole. Simara commence à montrer des signes de fatigue. Tant mieux, parce que là, j’arrive au bout de mon stock… L’espace d’un instant, j’essaie de m’imaginer à la place de ce Nazrat. Je me demande ce que ça fait de mourir comme ça. En fait, je me demande ce que ça fait de mourir tout court. Avec la quantité de ce liquide que j’ai prit, je vais y avoir droit, c’est sûr… Reste à savoir si j’aurais tué Simara avant.

     Il se bat toujours avec acharnement, mais je commence à lui devenir supérieur. Après quatre fioles, il y avait plutôt intérêt… Il est impressionnant. Sans artifice, il peut encore rivaliser avec moi, et me maintenir en échec. Maintenant, il ne peut plus attaquer, je ne lui en laisse pas le temps, mais aucun de mes coups ne porte.

     Soudain, son communicateur s’enclenche.

« Simara, quitte les lieux tout de suite. »

     C’était la voix de Venturi. Simara me tourne soudain le dos et s’en va, sans prévenir. Je pourrais le poursuivre et l’abattre. Peut être. Mais quel intérêt. C’est pas comme ça que je veux le tuer. Je regarde autour de moi. Une troupe d’hommes m’encercle. Ils portent un uniforme que je connais bien. Celui de la division des Exterminateurs.

     J’éclate d’un rire fou. Mes veines battent à tout rompre. Elles font un bruit assourdissant. Dans le ciel, il n’y a plus rien. C’est pour ça que Simara est parti. Les quatre autres se sont enfuis. C’est une bonne nouvelle. Il est temps que je vois ce que valent les exterminateurs.

     J’ai à peine formulé cette pensée que la tête de l’un d’entre eux roule à mes pieds. Encore une fois, je me bat. Ma vie s’est résumée à ça, il est normal que ma mort ressemble à ma vie. Encore une fois, ma lame cherche la chair et le sang, les membres et les hommes tombent autour de moi. Je leur laisse beaucoup d’ouverture. De toute manière, je suis trop rapide pour qu’ils frappent, maintenant…

     Le dernier s’écroule. Je me retrouve là, haletant, au milieu de cette clairière, toujours vivant parmi les morts. Je respire fort. Je me sens étrangement bien. Je sais que je pourrais battre tout ce qu’ils m’envoient.

     Et puis un bruit assourdissant se fait entendre. Et c’est pas une de mes veines qui a éclaté. Je lève les yeux vers le ciel. Une lueur comme il n’y en a pas deux. L’exploseur de planètes. Ils l’ont utilisé… Pour me tuer… Bizarrement, je me sens flatté. La lumière s’intensifie. C’est à cause de l’exploseur de planètes que Simara a dû partir. Je regarde le rayon m’arriver droit dessus. Je ne trouve qu’une chose à dire.

« Bon… d’accord. Là, j’ai perdu. »

     Et la lumière touche le sol. Juste avant le rayon, quelque chose d’autre me traverse l’esprit :

« Et Coquillage ? »