Chapitre 1 : Meet them all

J’ai toujours eu dans ma tête ces voix, Jimmy, l’Hidalgo et l’Artiste. Les psy appellent ça des personnalités multiples. J’appelle ça un calvaire. Eh, tu parles pas de moi comme ça, j’ai rien à voir avec les autres ! Calvaire comme les canards ? Non Jimmy, ça c’est les colverts.

Bref… J’ai toujours eu ces voix. Faux ! J’étais là le premier ! Techniquement parlant, il était là avant toi… Et Jimmy aussi. Oui, enfin lui il est hors jeu, et Jimmy… Il a pas de personnalité, alors il compte pas comme une des personnalités multiples de notre hôte. Et voilà… Impossible de suivre le fil d’une idée, toujours interrompu… C’est quoi un thé rompu ? Jimmy… Quoi ? Fermez là tous ! Eh, ça va pas de crier comme ça sur Jimmy ? Il est fragile… Si vous la fermez pas, je lui fais regarder Alien ! 1, 2, 3, 4 ? L’intégrale ! C’est bon, je me tais, je n’ai aucune envie de revoir Prometheus. Faible. Bon, je continue quand même… J’ai enchaîné les psys… Une fois au sens propre ! Oui, enfin c’était plutôt sale… Vous parlez de la fois où le monsieur il a pleuré quand vous avez joué à Barbie Casse-noisettes ? Je suis pas responsable de vos dérapages ! Je crois qu’on a vraiment raté l’éducation de Jimmy… On avait pas à l’éduquer ! Jimmy c’est moi ! Et vous deux aussi vous êtes moi ! Alors tu assumes tout ce que j’ai fait ? Non ! Si tu n’arrives pas à nous arrêter, hein… Pourquoi on se priverait…? Moi ça va, je ne suis pas trop dérangeant si…? Moi non plus, hein ? Vous êtes invivables tous les deux ! Après le coup du psy enchaîné, j’ai eu six mois d’isolement en psychiatrie sous camisole chimique ! Et toi, la fois où tu t’es mis à critiquer les tatouages de ces motards, j’ai eu trois mois de rééducation ! N’empêche que quitte à avoir un truc gravé à vie sur la peau, autant qu’il soit un minimum esthétique… Ouais, je me souviens de ces gars. J’en ai démoli quatre ! Si ils n’avaient pas sorti la barre de fer… Mais ils l’ont sorti ! Et ils m’ont fait très mal…

Écoutez, j’essaye de mettre de l’ordre dans mes pensées… Dans nos pensées. Moi j’apprécie ce style de flou artistique, ce désordre organisé. SILENCE ! Si je veux ! Arrêtez de hurler… T’en fais pas Jimmy, ils parlent fort mais ils s’aiment bien. Mais t’arrêtes jamais de t’écraser toi ? Je ne suis pas fait pour la confrontation, moi. C’est le moins qu’on puisse dire… Je peux récupérer ma tête deux minutes, si ça vous dérange pas trop…? Je serais bien tenté par une petite exposition samedi prochain, c’est négociable…? Non, j’ai un match de boxe samedi. On va encore revenir avec des bleus… Moins que celui d’en face ! Je vous propose un truc : expo samedi midi, boxe samedi soir, mais là, tout de suite, vous me foutez la paix ! Mouais. Mais alors j’ai le droit de réclamer un deuxième combat si il tient pas le premier round. Vendu. L’Artiste ? Eh bien, je raterais le vernissage… Cinéma mardi soir ? Si je choisis le film ça me va ! Ça va encore être une soirée à vomir… Eh, tu as ta boxe, tu me laisses mes petits plaisirs ! Les miens ne laissent pas de marques ! C’est bon, tu choisiras le film ! Je peux être tranquille deux minutes maintenant ? Deux minutes de paix pour un match de boxe ? Tu sais vraiment pas négocier toi… S’il vous plaît… Allez, c’est bon, on le laisse tranquille un petit peu. Ouais, mais pas trop… Et moi ? On regardera les dessins animés à l’heure du goûter. Super ! Tu fais pitié Jimmy…

Enfin voilà, je crois que ce n’est plus la peine d’essayer de décrire ma situation, ça la résume clairement… Mais là, ça va changer. J’ai un nouveau psy, un type génial. Un peu efféminé. Ça veut dire quoi effet minet ? Chut. Et lui, il m’a retiré mes cachetons. Pas ton caleçon, c’est déjà bien… Tu serais pas un brin homophobe ? Non, j’aime pas qu’on me matte le cul à la fin de la séance, c’est pas pareil. Il croit que je peux guérir. Il en est convaincu. Et il dit que pour ça, je dois… Allez, dit-le… Laisse-le tranquille, il va nous priver de nos soirées ! Les laisser s’exprimer. Pleinement. Librement. J’ai hâte qu’on s’y mette ! J’avoue que moi aussi, j’ai toujours voulu me mettre à la peinture… Mais avec Jimmy ça a toujours fini en gribouillage sur papier-peint… Fermez-là ! J’avoue que je ne sais pas trop ce que cette thérapie peut donner… Je ne suis pas certain qu’il ait bien saisi l’ampleur de la situation… C’est lui le pro, fais lui confiance… Je ne suis pas sûr que l’Hidalgo soit très objectif… Certainement pas. Mais si, mais si… Mais j’ai pas le choix de toute manière… Il va falloir que je les laisse vivre leur vie. Même Jimmy ? Même Jimmy. On va encore se retrouver attaqués par des parents parce qu’on regarde bizarrement leurs enfants jouer dans les parcs… Il va falloir que, de temps en temps, je leur laisse le contrôle. Pour les canaliser. Le psy est sûr que tout se passera bien, que ça me permettra d’extérioriser, d’évacuer un peu tout ce que mon inconscient a retenu depuis toutes ces années. C’est moi que tu traites d’inconscient ?

Mais il a été très clair : il faut que ça se fasse dans un cadre bien précis, dans des limites définies, pour que toute ma vie ne passe pas sous leur contrôle. Crois-moi, vue ta vie, tu serais gagnant à me la laisser… Elle serait bien trop courte si tu étais aux commandes ! Je ne sais pas trop pourquoi j’ai choisi ce cadre là. Je veux dire, c’est pas banal… Ça il faut bien l’admettre. Ça va être fun ! Mais je pense que tu sais très bien pourquoi tu as choisi cette voie… Oui. L’épisode du psy qui abusait ses patientes. Ou celui des motards qui malmenaient ce type. Ou tout petit, celui de ces gars, dans la cour de récrée, qui voulaient que Bethy goûte la boue. Ah, Bethy… La raclée qu’ils ont prit ! Elle était trop jolie Betty. Et c’était mon amoureuse ! Ils avaient qu’à pas l’embêter ! Pour faire simple, il semblerait que j’ai certaines prédispositions. Nan, ça c’est moi. Disons que c’est en partie toi. Je pense que l’Artiste n’y est pas pour rien non plus… Merci, c’est tellement rare qu’on m’apprécie à ma juste valeur. Mais c’est ce que je fais toujours : tu vaux rien, et je te le montre tout le temps… Je ne relèverais même pas. La tête ? Parti comme tu es, il y a peu de chance, en effet. Je peux…? Bien sûr. Allez. Enfin je note quand même que Jimmy sert à rien, une fois de plus. Va falloir penser à l’abandonner sur une aire d’autoroute. Si je pouvais abandonner l’un de vous, Jimmy serait pas le premier. C’est blessant ce que tu dis. Pourquoi vous parlez de m’abandonner ? Qu’est-ce que j’ai fais de mal ? Bref ! Je pense que l’Hidalgo a en lui toute la violence nécessaire à un tel projet… J’ai même du rab’ ! Et que l’Artiste, à force de voir des films, de lire des comics, d’assister à des démonstrations publiques, a retenu pas mal de choses dans le domaine des arts martiaux. Dommage qu’il soit trop fleur bleue pour s’en servir. J’ai des principes moi ! Moi aussi. Deux. Frapper le premier et rendre coup pour coup. Moi, je peux les freiner, les motiver, les pousser à se dépasser ou les empêcher de faire de trop grosses erreurs. Tu le penses vraiment…? Disons que je l’espère. Alors voilà, j’ai décidé d’être le premier super héros. J’ai décidé de combattre le crime et les criminels. Génial ! Ça heurte un peu mes principes, mais j’apprécie la beauté de l’idée. Oh, on va pas heurter que des principes… J’ai décidé de devenir le Fou. Très bonne idée ce nom Alex. Et puis comme ça on ne pourra pas dire que tu renies ton état… On commence quand ? Dès que tu auras fini le costume.

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