Chapitre 3 : West side sorry

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Sérieusement, c’est long là. C’est pire que long. En plus il fait froid. Ça fait quoi, quatre heures qu’on est là ? Aucune idée, je sais pas lire l’heure. Quatre heure, dix-huit minutes et vingt-six secondes. T’as vraiment compté ? T’as trouvé autre chose à faire ? Ben j’avais même pas trouvé ça… Ah oui, ça a dû être très long pour toi… Et toi Jimmy tu t’occupais comment ? Je mangeais mes crottes de nez. Mais c’est dégueulasse ! Jimmy ! On t’avait dit qu’il fallait que tu arrêtes ça, tu es un grand garçon maintenant, et les gens n’aiment pas nous voir en train de manger nos crottes de nez en public… Mais il y a personne là, et puis je m’ennuie… On peut manger un truc pour faire passer le goût ? Les gars, s’il vous plaît, silence… Faut qu’on reste concentrés. Concentrés sur quoi ? Il se passe rien ! Concentrés au cas où il se passerait quelque chose. Genre au cas où Jimmy se déciderait à renifler le cul des chiens ? Mais c’est comme ça qu’ils se disent bonjour… Oui Jimmy, et c’est très bien de vouloir leur dire bonjour, mais on a d’autres façon de faire… Mais comment on sait qu’ils comprennent nos façons de faire… ? Eh, Alex, si tu voulais surveiller un endroit où il risquait de se passer des trucs, tu te serais pas mis là. C’est vrai que c’est pas vraiment le quartier chaud… J’ai pas tout à fait envie de démarrer dès le début avec la mafia en fait… Petit joueur… Non, ça se comprend, faut bien s’entraîner un peu avant… S’entraîner ? Non parce que là on est juste restés assis pendant la moitié de la nuit à congeler sur place. Je vois pas en quoi s’entraîner à résister au froid nous sera utile. Eh bien si jamais on se retrouve enfermés dans une chambre froide… Ou si on doit nager dans le fleuve… Mais t’arrêtes jamais de jouer les lèches-bottes ? Oh, ça va… On bouge.

J’avance dans la nuit noire, mon costume tout neuf me donnant envie de gratter chaque centimètre carré de ma peau. Mais j’avance, déterminé. Je ne sais pas ce que je trouverais, ni vers quoi je me dirige. Le danger. Le vice. Je ne me détourne pas de cette route que j’ai tracé. T’es obligé de te faire un film comme ça dans ta tête pendant que tu marches ? Moi je trouve que ça met dans l’ambiance, c’est pas mal… Chut. J’ai entendu. Je me dirige vers la source du bruit, une ruelle sombre, comme dans les films. Eh j’ai peur là ! On peut rentrer ? Quatre types qui en tabassent un autre au sol. Comme dans les films, j’avance. Faut sortir une super phrase, comme dans les films !

« Eh, les gars, je viens gâcher votre soirée. »

Sérieusement, t’avais rien de mieux là ?

« C’est qui ce type ?

-Je suis le Fou.

-Nan, c’est nous les tarés, alors dégage sinon on te refait le portrait. »

On s’en va, hein ? On va pas embêter les messieurs… Si Jimmy. On va embêter les messieurs. Deux d’entre eux se sont approchés, comme dans les films. Les deux autres continuant de cogner leur victime. Ils me regardent attentivement. Ils semblent comprendre qu’il y a quelque chose d’inhabituel. Mon costume. Ils esquissent un début de sourire. Un bras se lève pour me désigner, comme dans les films, une moquerie va voler. Moins vite que ma masse. Comme dans les films.

Et c’est parti. Un premier craquement, un premier hurlement. Mais pourquoi on fait ça ??? Le bras retombe mollement. Deuxième coup, le type est à terre. Pardon monsieur ! Pardon pardon ! Au suivant. Il est rapide, et esquive. Je frappe le mur, qui s’effrite. Il cogne, direct aux abdos. Eh, nous abîme pas ! Pas de risques inutiles, il en reste deux après celui là ! Laissez-moi bosser. Il esquive encore, cogne encore. Il est bon. Ses deux potes ont fait une pause et nous regardent. Ils sont sûrs que leur gars va gagner. Il m’en met un en plein visage. Pas la tête ! Ça laisse des marques ! On peut pas sortir marqués ! Il est temps d’arrêter d’y aller avec tact. Je lui rentre dedans comme un taureau, et je l’écrase contre le mur. Il devait pas s’y attendre. Je ne m’attendais pas à entendre ses cotes craquer, mais ça m’a fait plaisir. J’enchaîne avec un petit coup de masse dans les tibias, pour qu’il reste au sol. Un déclic me file un frisson. Les deux autres ont sortis des lames, et s’approchent de moi, plutôt motivés. Je ne recule pas. Moi je reculerais ! Moi je veux reculer ! Euh… Je serais plutôt de l’avis de Jimmy là… Et avec moi on a la majorité ! On se casse maintenant l’Hidalgo ! Non. Ils sont à portée. Coup de masse. Esquivé. L’un d’eux, le grand se jette sur moi. Je lui écrase le manche de mon arme sur le visage. Gaffe ! L’autre plante sa lame dans mon abdomen. Enfin il essaye. Le gilet pare-couteau fait glisser le coup. On a bien fait de prendre le haut de gamme… Je prends un coup de boule en plein nez. Pas le visage ! Eh, c’est à eux qu’il faut le dire ! Un bruit de chaussures qui détallent. La victime a trouvé la force de se lever pour partir. Trop loin maintenant pour qu’ils le rattrapent. Ils hésitent, lui ou moi, moi ou lui… ? Le temps qu’ils se décident, je me casse ! Salaud, laisse moi y retourner ! Non, on a fait notre boulot, pas la peine de prendre plus de coups… Ou de risquer d’en tuer un. Bande de nazes, j’assurais… Oui, eh ben en attendant, on se barre. J’espère pour vous qu’ils mettront pas cette scène quand ils feront un film sur nous…

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