Chapitre 12 : Remuer des évidences

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« Mon roi, nous avons mandé le plus grand entomologiste du royaume. Avec l’aide d’un tel spécialiste des insectes, nous pourrons sans aucun doute trouver des parades aux créatures que l’ennemi nous envoie. Son dirigeable devrait arriver d’ici une dizaine de jours, en même temps que les renforts…

-Bien. D’ici là, nous devrons temporiser. Retenir l’ennemi au loin le plus longtemps possible. Savran ?

-J’ai déjà re-rempli la Première Ligne, j’ai fais appel à des volontaires et pioché ce qu’il manquait. Je vais aussi négocier avec le capitaine du Virevoltant pour qu’il fasse installer des canons sur son vaisseau. Je ne pense pas qu’il sera trop difficile à convaincre…

-Faites-le à nos frais. Comme remerciement de ses actions héroïques de la matinée. Sinon, des idées ?

-Eh bien un scarabée retourné est plus une source d’hilarité que de danger… Une sauterelle sans pattes ne va pas loin… Nous pourrions aussi couvrir de pics les alentours du camp pour qu’elles se tuent en tentant de nous surprendre… Mais sinon… Je n’ajoute rien à ce qui à déjà été dit, je crois.

-Non, en effet, général Oïlos. »

Le remplaçant de Teren n’était pas un grand esprit. Ni un grand guerrier. Juste un homme extrêmement riche qui finançait à lui seul six bataillons pour le plaisir de jouer à la guerre. Harmas se passa une main lasse sur le visage.

« Bon, et le feu ? Ce sont de gros insectes, mais comme les petits, ils devraient aller se griller sur les flammes, non ?

-Mais mon roi, il faudrait un brasier incomparable pour obtenir un tel résultat, pas juste quelques feux de camps. »

C’est le commandant de la Première Ligne qui pointa du doigt ce qui posait vraiment problème.

« Nos chevaux ont peur du feu, mais nous pouvons les y faire sauter, ou l’éviter. Nous ignorons si leurs cavaliers rats seront ou non capables de garder le contrôle de leur monture. Il peut être dangereux de démarrer un feu dans toute la région pour un résultat plus qu’incertain.

-En effet. Nous verrons bien ce que nous pourrons faire. C’est toujours une option. Rompez messieurs, vous avez tous à faire. »

Et en effet ils allaient tous être occupés. Le général Oïlos par exemple avait un repas à dévorer. Sevran, lui, devait passer en revue ses nouvelles recrues. Il les retrouva à bord du Virevoltant, déjà en train de charger des canons. Dazaran l’avait sûrement décidé de lui-même. Son vaisseau perdrait en vitesse, en maniabilité et en stabilité, surtout lors des tirs, mais serait infiniment plus utile. Le jeune capitaine vint à lui.

« Commandant, dès demain après-midi, nous aurons deux canons à la proue, sept à bâbord, sept à tribord et trois à la poupe pour protéger les hélices de propulsion. Ils vont sûrement pas tarder à apprendre comment nos vaisseaux fonctionnent. J’aurais une commande de tirs à la barre, mais chaque canon pourra faire feu individuellement. Pour ne pas trop diminuer l’agilité du virevoltant, j’ai pris la liberté de décharger vos chevaux et chariots. J’ai réquisitionné un ballon supplémentaire par sécurité. Par contre, il va me falloir des artificiers pour recharger les canons.

-On va vous trouver ça, capitaine… »

Sevran était impressionné. C’était comme si ce jeune homme n’avait vécu que pour en arriver là, comme si toutes ses actions n’avaient étés que pour le mener aux commandes de ce navire, juste au début de cette guerre. Et qu’il était prêt. Il envoya chercher des artificiers, il en faudrait un par canon, dix-neuf en tout. Il faudrait qu’ils aient l’habitude des combats aériens, et qu’ils puissent s’adapter aux manœuvres audacieuses de Dazaran. Ils n’allaient pas être faciles à trouver…

« Une petite question capitaine… Avec quelle autorité avez-vous réquisitionné tout ça ? Et les canons ?

-Avec l’autorité qu’à celui qui a plongé du ciel pour gagner la bataille. »

Ils arrêtèrent là leur discussion. Ils avaient à faire. Savran convoqua son Second, qui parlait aux Premiers, les meneurs des différentes sections de la Première Ligne.

« Comment on s’en sort ?

-On a des recrues prometteuses, mais probablement pas le temps de les entraîner… Sans même parler des formations de groupe… Mais les Murs devraient s’en sortir, on a recruté principalement chez les lanciers… Shaggah est content avec ses nouveaux tireurs. Les Ombres on ne peut pas encore les mettre à l’essai… Les Enfonceurs… Je pense qu’on en a des bons. Ils mourront en faisant leur boulot. Le nouveau Coureur est pas mal. On verra si il supporte la pression. Parce qu’il va y en avoir…”