Chapitre 2 : Chasseurs de dragons

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Ragash Collier-de-Crocs n’avait pas su leur éviter la disgrâce. Suite à leur récente défaite contre les chevaliers d’Amarh qui avaient rejoint l’Union le temps d’une bataille, leur clan, les Fléaux, et tous les orcs, gobelins et trolls qu’il comptait étaient maintenant couverts de honte, interdits de marcher avec le reste de la horde. Près de cinq-cents individus, rejetés, humiliés. Ils avaient beau avoir emporté bon nombre des hommes de la Première Ligne, cela ne changeait rien à leur déshonneur. Ils devaient trouver une solution. Lui, Ragash Collier-de-crocs, devait trouver une solution.

Ils le regardaient, tous, et le jeune Graan faisait de même, aux cotés du shaman Orogh Parle-aux-Esprits. Leur chef leur fit un discours rapide, comme les orcs savent en faire. Ils devaient se lancer dans une chasse. Vaincre une créature si monstrueuse que la horde les accepterait à nouveau. Si énorme qu’ils deviendraient même les meneurs de la horde. Ils iraient dans l’Est lointain, tueraient un dragon, et reviendraient avec la preuve de leur réussite. Ils allaient choisir les meilleurs guerriers de leur clan grâce à la purge rituelle. Seuls les cent meilleurs guerriers seraient autorisés à vivre, et à chasser la bête. Les autres mourraient durant le processus de sélection. À la fin du discours, une orc donna naissance à un gobelin, que les autres regardèrent avec pitié. Si il était né troll, plus grand, plus agressif et plus stupide que la majorité des orcs, il aurait peut être eu une petite chance. Mais il était né gobelin. Faible, rachitique et intelligent. L’esprit d’un bébé gobelin n’allait pas faire beaucoup de différence face à la main d’un troll adulte. Débuta le comptage, nécessaire pour savoir quand arrêter la purge rituelle. Chaque fois qu’un d’entre eux en tuerait un autre, il hurlerait le nombre restant. C’était souvent plus une approximation qu’un chiffre exact, les trolls, tuant beaucoup et ayant du mal à compter à rebours. Cinq-cents treize individus. Quatre-cent treize devaient mourir. Certains parmi les cent restants seraient blessés, inutiles et abandonnés. Telles étaient les règles de la chasse. Ainsi se déroula la journée.

Au terme du carnage, Ragash Collier-de-Crocs revendiquait Vingt-sept des cadavres, dont trois des dix trolls mort, un score qui justifiait qu’on ne remette pas en cause son rôle de chef. Graan, pour sa part, n’avait tué que sept des siens, dont six gobelins. Pas assez pour se vanter. Tout juste assez pour ne pas être traité de lâche. Orogh Parle-aux-Esprits n’eut à tuer personne pour faire partie des survivants. Le shaman était beaucoup trop respecté et craint pour avoir à participer a la purge rituelle. Bien sûr, certains mentaient sur leur chiffre, comme le jeune Grensh Tête-Dure, le seul troll encore en vie, qui prétendait en avoir tué un bon millier. Personne ne perdit de temps à lui expliquer l’impossibilité de la chose : C’était un troll. On ne contredit pas un troll. Surtout quand il ment. Ce serait être encore plus idiot que lui… Ils étaient quatre-vingt-six en état de chasser. Les autres clans de la horde, qui s’étaient disposés en cercle pour observer la purge, les regardèrent partir presque sans un mot. On ne retient pas un paria sans courir le risque d’en devenir un. Et on n’insulte pas celui qui part chasser un dragon : Il pourrait revenir victorieux et prendre la tête de la horde… Et la votre, par la même occasion…

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