Chapitre 4 : Ils descendent la montagne

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Tuer les éclaireurs ne l’avait pas trop dérangé. Ils avaient attaqué les premiers, s’étaient montrés insultants et… De bien piètres adversaires finalement. Leurs chevaux avaient fait de bons repas, cela dit, et leurs armes et armures étant de bonne qualité, elles avaient été distribuées aux meilleurs guerriers des hommes-rats. Cette escarmouche avait été une bonne journée pour Vissant. Revitalisante. Depuis aussi loin que l’on se souvienne, les rats ne s’étaient battus qu’entre eux, les éveillés contre les autres, ou avec les quelques tribus de géants, qu’ils avaient exterminées aussi rapidement que facilement, mais sans jamais avoir à vraiment faire la guerre. « Faire la guerre. » Une expression tirée de leur intelligence collective, issue du savoir du sorcier. Il le savait. Ils le savaient tous : À l’Ouest, là d’où venait la lumière, se trouvaient des légions d’hommes qui viendraient détruire l’œuvre de Dagen. Ils l’apprenaient tous à un moment de leur courte enfance, quand la magie prenait le dessus et tuait l’animal en eux. Le faisait évoluer, plutôt. Vissant se souvenait du moment où le Savoir l’avait envahi, presque renversé, comme une vague. Il avait encore le museau ensanglanté enfoncé dans les entrailles d’une charogne qu’il dévorait goulument. Puis quelque chose avait commencé à le déranger. À le démanger. À l’intriguer. Quelque chose progressait sous sa peau, comme une vague. L’animal qu’il était alors émit des couinements apeurés et stridents. Puis soudainement ce fut fini. Il n’était plus simplement un gros rat. La magie avait fini de le changer. Il était désormais un homme-rat, un skaven, avec en lui une grande partie du savoir d’un sorcier mort depuis plus de cinq siècles, et, ancrée dans son âme cette terrifiante certitude : D’où venait la lumière venait aussi la mort. Il n’avait pas erré longtemps avant de trouver une tribu d’hommes-rats, et de s’apercevoir avec soulagement qu’ils étaient bien différents de ceux, pas encore ouverts au Savoir, qu’il avait croisé depuis son éveil. Tous n’en héritaient pas la même chose, certains en obtenaient plus que d’autres. Ceux qui étaient ouverts à la magie se faisaient tuer par Meurs, pour éviter de diluer sa puissance. Le savoir du sorcier s’était prouvé plus qu’utile pour placer les fondations de leur civilisation naissante. Ils avaient pris le château où Dagen était mort, savaient construire, forger, avaient des connaissances en agriculture, géographie, mathématique, stratégie… Ils savaient, sans jamais en avoir vu, qu’au-delà du grand lac au sud, une fois passé le Pic Gelé, se trouvaient les orcs. Ils savaient aussi que les elfes et les nains avaient formé une Union huit cent ans plus tôt pour contrer ces orcs. Certains savaient même lire. Leur nombre croissait, chaque génération comportant de plus en plus de rats sains, et l’éveil arrivant de plus en plus tôt. Et leur prodigieux taux de natalité les aidait bien à soutenir ces changements en évoluant plus vite qu’aucune race intelligente avant eux. Ils étaient maintenant prêts à contrer cette menace venue de l’ouest. Non, ils étaient prêts à la prendre de vitesse, à l’éliminer avant qu’elle ne puisse leur faire du mal. Au lieu de cela, ils tuaient des paysans et s’extasiaient de découvrir les magnifiques vêtements et bijoux qu’Amarh avait à offrir. Là encore, un héritage de la personnalité du sorcier… Ils perdaient du temps, et l’avantage de l’effet de surprise. Ils auraient dû marcher droit au dôme d’or, prendre la capitale, faire tomber Amarh en quelques mois. Mais non. La nourriture était trop bonne pour ne pas s’arrêter en route… Vissant regarda ses camarades dévorer goulument un fromage et se demanda s’ils avaient vraiment vécu l’éveil, ou s’ils n’étaient toujours que des gros rats. Meurs s’approcha de lui.

« Nous nous mettrons en route la semaine prochaine.

-Eux sont déjà en route. Nous avons perdu du temps.

-Vissant, les nôtres ont besoin de voir qu’ils peuvent faire plus qu’une escarmouche et quelques raids, avant de faire tomber un royaume, ils doivent savoir qu’ils peuvent gagner une bataille.

-Et s’ils ne peuvent pas ?

-Alors ma magie la gagnera pour eux. »

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