Chapitre 7 : Les chevaliers aveugles

Chapitre précédent

« … Et je servirai la Magie sans rien attendre d’elle, lui offrant ma vie comme elle me l’a offerte. »

Il répéta ces mots, appris depuis longtemps, récités des milliers de fois. Mais Dzenien n’arrivait plus à leur prêter attention. Après le mois de privations qu’il venait de subir comme épreuve d’initiation, il ne pensait qu’à ce bol de bouillon gras fumant devant lui. Il pouvait facilement compter les morceaux de viande et de légumes : zéro. Il n’y en avait aucun. Les chevaliers-instructeurs lui avaient dit qu’il devrait réhabituer son corps à la nourriture petit à petit. Il regarda à sa gauche, sa camarade Ajune. Elle n’avait plus, elle non plus, que la peau sur les os. Plus loin sur le banc, Grucel était le seul qui ne bavait pas dans son bol. Ce mois l’avait aminci mais, contrairement aux autres initiés, il semblait encore bien portant. Il avait commencé avec un surpoids notable, et les autres avaient souvent fait de lui la victime de leurs railleries. Il était maintenant débarrassé de cette couche de graisse inélégante qui l’enveloppait et semblait transfiguré, comme prêt, véritablement, à servir la Magie. Il semblait d’ailleurs à Dzenien qu’elle avait déjà accepté Grucel comme son nouveau serviteur. Comment, autrement, aurait-il pu si bien supporter le mois qu’ils venaient de vivre ? Ils n’étaient que cinq sur ce banc, qui, à peine plus de quatre semaines plutôt, recevait ce qu’il restait de leur promotion après les épreuves précédentes : Une vingtaine de jeunes adolescents encore pleins de doutes et de peur. Dzenien, après avoir échangé un bref regard avec ses camarades quand ils purent enfin quitter leur cellule, aurait juré qu’ils étaient enfin débarrassés de leurs doutes. Et probablement aussi de leurs peurs. Lui n’en était pas si sûr. Il sentait, en cet instant même, monter en lui une foule de questions concernant la suite de sa formation. Le chevalier-prieur tourna la tête dans sa direction et, de ses yeux blancs d’aveugles, le fixa jusqu’à ce que le jeune homme reprenne la litanie de la prière. Ce bref instant durant lequel il avait plongé ses yeux dans ceux du chevalier dérangea profondément l’aspirant. Après tout, ne devait-il pas, sous peu, perdre la vue au cours du rituel d’adoubement ? Enfin, seulement s’il parvenait à passer la dernière épreuve. Celle à laquelle le chevalier-prieur lui avait promis qu’il échouerait. L’épreuve de l’insufflation.

Chapitre suivant